Ce soir ?

Liz Truss tient la corde dans la course à la succession de Boris Johnson

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Tel n’est pas le moindre paradoxe de la course à la succession de Boris Johnson : Liz Truss, favorite auprès des militants du Parti conservateur appelés à choisir le nouvel occupant du 10 Downing Street, rame à contre-courant de l’opinion publique. Rishi Sunak, son rival dans la bataille fratricide, dont l’issue doit être annoncée le 5 septembre, est à la traîne. Pourtant, l’ancien chancelier de l’Échiquier, largement distancé dans les intentions de vote des 160 000 activistes torys, est davantage en phase avec l’opinion publique.

D’après un sondage du Times publié le 8 août, 64 % des personnes interrogées affirment que la lutte contre l’inflation doit être la priorité du nouveau Premier ministre contre 17 % qui privilégient la baisse des impôts. Alors que Sunak a mis le combat contre la vie chère au cœur de son programme, l’actuelle ministre des affaires étrangères promet des dégrèvements fiscaux pour sortir l’économie de l’ornière.

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Par ailleurs, à la question : Qui fera un meilleur chef du gouvernement ?, les deux candidats sont ex aequo à 24 % Or, Truss, qui a gravi tous les échelons du pouvoir sous trois Premiers ministres conservateurs, est bien plus expérimentée que Sunak, totalement inconnu du grand public jusqu’à sa nomination surprise au poste de ministre des Finances en 2020. Aussi, l’ex-grand argentier a remporté le vote des députés de la majorité alors que sa concurrente a peiné lors des éliminatoires.

Enfin, la presse a révélé que, dans sa jeunesse, Truss avait adhéré aux libéraux-démocrates (centre) et s’était déclarée une antimonarchiste convaincue. Sans parler de sa défense du maintien du royaume dans l’Union européenne lors du référendum de 2016 alors que Sunak avait été un brexiteur pur et dur dès le départ.

Truss et le totem du conservatisme

Comment justifier dans ces conditions la popularité de Liz Truss auprès de la base conservatrice ?

La première explication tient au profil des membres du parti au pouvoir. Attaché aux valeurs traditionnelles, patriote, respectueux de Dieu et du profit, content de lui et de son sort : le militant type de la droite anglaise est majoritairement âgé, mâle, protestant et blanc.

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« Je suis la seule candidate vraiment conservatrice » : tel est le leitmotiv de Truss, partisane invétérée de la réduction des impôts et des dépenses publiques, de la lutte contre les réglementations administratives et de la limitation du droit de grève dans la fonction publique. Cette antiwoke viscérale « colle » davantage avec la vulgate de la base.

L’intéressée a su également profiter à bon escient des faiblesses de Rishi Sunak, trop pressé, qui apparaît comme plus porteur d’une ambition personnelle que d’un projet de société. Le challengeur doit également compter avec l’hostilité d’un Boris Johnson assoiffé de vengeance face à celui qu’il considère comme un traître. Sa démission fracassante, le 5 juillet, avait précipité la chute du Premier ministre. En revanche, la responsable de la diplomatie d’Albion est restée loyale à Johnson.

Quel que soit le vainqueur, il est donné aujourd’hui battu par son opposant travailliste, Keir Starmer, lors des élections générales, qui doivent se dérouler au plus tard à la mi-2024. Mais l’avance du Labour est faible à la lumière des scandales à répétition de l’ère Johnson, des divisions profondes de la droite et de la détérioration rapide de la situation économique. Comme l’écrit le quotidien conservateur Daily Telegraph, qui soutient Liz Truss, « ses qualités de gestionnaire et son populisme électoral peuvent assurer une nouvelle victoire conservatrice ».


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