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Hassan Iquioussen, les « laïcards terroristes » et son prêche en vidéo

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Le 5 août, le tribunal administratif de Paris statuant en référé a suspendu l’exécution de la décision d’expulsion visant l’imam Hassan Iquioussen, né en France mais de nationalité marocaine. Le ministère de l’Intérieur lui reprochait un « discours prosélyte émaillé de propos incitant à la haine et à la discrimination et porteur d’une vision de l’islam contraire aux valeurs de la République française », dans un arrêté d’expulsion pris le 27 juillet.

Cet arrêté a été attaqué par l’avocate de Hassan Iquioussen, Me Julie Simon. Les juges lui ont donné raison, considérant que les éléments à charge du ministère dataient un peu trop. « Les propos litigieux ont été proférés entre 2003 et 2005 puis, en dernier lieu, en 2014 », souligne la décision du tribunal administratif. Le ministre lui reproche « une forte hostilité à l’égard des valeurs constitutives des sociétés occidentales, encourageant son auditoire au séparatisme », mais ces accusations « ne sont étayées par aucune pièce ». Conclusion, la « provocation explicite et délibérée à la haine et à la violence » n’est pas étayée par des éléments récents.

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Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a saisi le Conseil d’État. Selon nos informations, la décision sera rendue avant la fin du mois d’août. Difficile de connaître les éléments que le ministère fournira à la plus haute juridiction administrative, mais il se pourrait qu’une vidéo intitulée « Musulman, à la vie, à la mort… » en fasse partie. Disponible sur YouTube, elle est datée du 23 décembre 2019. Contactée par Le Point, Me Julie Simon a refusé d’en confirmer l’authenticité et la date. Dans son prêche, Hassan Iquioussen dit lui-même qu’il parle en 2019.

Et c’est quoi le prix du paradis ? C’est le jihadHassan Iquioussen, fin 2019

Prononcé dans une mosquée non identifiée, le prêche dure près d’une heure et demie. Les quarante premières minutes sont assez anodines, puis le prédicateur monte en température. « Il faut être un rigoriste », assène-t-il à son auditoire. « Si on ne combat pas tous les jours, c’est évident qu’on va se faire manger tout cru par Sheitan » – c’est-à-dire le diable, en arabe. « La marchandise de Dieu coûte cher, le paradis coûte cher. Et c’est quoi le prix du paradis ? C’est le Jihad. »

L’imam, qui connaît ses classiques, précise qu’il entend par « Jihad » le combat intérieur du croyant et le combat spirituel contre les ennemis de la foi. Il n’est pas question de prendre les armes. Le problème est que vingt-cinq minutes plus tard, il y vient explicitement. Le point de départ de sa colère est la loi interdisant le voile dans certaines parties de la sphère publique. Hassan Iquioussen s’emporte contre « les laïcards terroristes ». « Ces mecs veulent nous retirer l’essentiel, Allah nous dit faut pas rigoler avec eux, frappez du poing sur la table. Venez ici, bande de mécréants ! »

Il se lance ensuite dans une périlleuse construction intellectuelle, établissant un parallèle entre la France contemporaine et l’Andalousie de la Reconquista, pour inciter son auditoire à refuser tout compromis. Sophisme de la pente : si les musulmans cèdent sur le voile, ils sont voués aux persécutions sans fin. « C’est exactement ce qui s’est passé en Andalousie ! » martèle l’imam. « Tout doucement, de génération en génération, après 150 ans, disparition totale de l’islam. » Le drame est survenu à cause « des traîtres, des lâches et des vendus » qui ont renoncé à la violence… Car à en croire l’imam, la royauté espagnole avait accepté toutes les demandes des musulmans d’Andalousie, sauf une. « Vous savez laquelle ? Les armes. »

Surtout pas de compromis

Il n’est plus du tout question de Jihad spirituel. L’orateur fait une pause. L’auditoire est invisible, mais on entendrait une mouche voler. « On connaît la suite », poursuit Hassan Iquioussen. Les musulmans ayant déposé les armes, sont venus « Torquemada, les lois, les unes après les autres ». De la même manière, en France, après ce qu’il appelle la « pression psychologique », si les musulmans y cédaient, viendrait le temps de la « pression physique, tout simplement. Vous n’avez pas vu, en Chine ? On est en 2019, non ? Vous avez vu les camps de concentration ? » (où sont enfermés des musulmans ouighours, NDLR). Surtout pas de compromis. La vidéo a été visionnée plus de 85 000 fois sur YouTube, ce qui n’est pas le meilleur score de Hassan Iquioussen.

L’orateur est si prolixe qu’il serait possible de réaliser une autre sélection de ses discours, qui le ferait apparaître comme un modèle de modération et un républicain exemplaire. Mais un propos en annule-t-il pas un autre ? Et jusqu’où peut-on aller ? Un certain « droit à l’exagération  » est reconnu par les juridictions françaises et par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), au nom de la liberté d’expression, au profit des élus en campagne, des syndicalistes en lutte ou des caricaturistes. Hassan Iquioussen employait peut-être des images frappantes dans le seul but de relancer l’attention de l’auditoire, en orateur expérimenté. Son expulsion, alors, porterait sans doute une « atteinte disproportionnée » à sa « vie privée et familiale », comme l’a considéré le tribunal administratif. Si le Conseil d’État confirmait cette décision, Gérald Darmanin a prévenu le 8 août : il est prêt à « modifier la loi » pour que Hassan Iquioussen quitte le territoire.

« On n’est pas dans un monde de Bisounours », déclare Hassan Iquioussen dans son prêche. Sur ce point au moins, les deux hommes sont du même avis.


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