Ce soir ?

Les choix culture du « Point » : déambulation végétale ou trip cannibale ?

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Traquer l’ovni glouton dans Nope

Après les psychopathes suprémacistes de Get Out et les doubles souterrains maléfiques de Us, Jordan Peele braque sa caméra vers une autre menace, et, cette fois, le péril vient de l’espace. Dans Nope, l’éleveur de chevaux de tournage O. J Haywood (Daniel Kaluuya) et sa sœur Emerald (Keke Palmer) luttent pour maintenir à flot leur ranch, après la mort énigmatique de leur père (Keith David), tué par une pièce tombée du ciel. Après une suite de phénomènes tout aussi étranges, ils découvrent qu’un improbable ovni furtif en forme de soucoupe volante semble chasser, de nuit comme de jour, tout organisme vivant dans leur voisinage. Leur but : filmer le vaisseau les premiers afin de prouver son existence et faire fortune. Doué d’un sens inné du cadrage des grands espaces, Peele multiplie les surprises et signe un blockbuster atypique, à la fois ironique et angoissant mais filant trop de métaphores socio-politiques au détriment de son élan. Au carrefour du western, de l’horreur et de la SF (avec un beau double hommage à Spielberg et Shyamalan), le spectacle heureusement l’emporte, notamment dans un dernier acte mené au triple galop. Chapeau, cow-boy.

Nope, de Jordan Peele. En salle le 10 août.

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Flâner dans une forêt de bijoux

« Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches… » Ces vers tirés des Romances sans paroles de Paul Verlaine sont une parfaite introduction à la délicate et passionnante exposition initiée par la Maison Chaumet, avec le concours des Beaux-Arts de Paris. « Végétal – L’École de la beauté » propose une promenade à travers un herbier de 400 œuvres, dont 80 pièces de joaillerie issues des collections Chaumet, toutes centrées autour du monde végétal. Les bijoux raffinés dialoguent avec des peintures, des sculptures, des photographies, des tapisseries, du mobilier. De Delacroix à Otto Dix, des Médicis à l’artiste contemporaine Éva Jospin, de Giuseppe Arcimboldo à Claude Brassaï… Orchestrée par le botaniste Marc Jeanson, son commissaire, l’exposition balayecinq mille ans d’histoire de l’art, à travers une déambulation libre dans un univers qui choisit de regrouper les plantes selon leur habitat et leurs habitudes, plutôt que de classer les œuvres par ordre chronologique. Une brassée de délicatesse, étincelante plongée au sein de la biodiversité.

Aux Beaux-Arts de Paris, jusqu’au 4 septembre.

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Passer l’été en mode zombie

Future diplômée de médecine, fiancée au gendre idéal, Olivia Moore a tout pour être heureuse. Jusqu’à cette soirée étudiante au cours de laquelle une nouvelle drogue circule, transformant ses consommateurs… en zombies. Griffée par l’un d’entre eux, Olivia se réveille affamée. Son obsession ? La cervelle humaine. Si elle n’en mange pas régulièrement, elle se délabrera jusqu’à ressembler à un monstre de Romero. Pour satisfaire discrètement ses appétits, elle devient médecin légiste. Mais, à chaque fois qu’elle se délecte d’une cervelle, elle s’imprègne de la mémoire de son défunt propriétaire, qui lui revient sous la forme de flashes. Olivia Moore collabore donc avec la police de Seattle et résout, à chaque épisode, une affaire criminelle. Mêlant une trame de fond (les zombies, qui sont nombreux à vivre cachés parmi les vivants, finiront-ils par dévorer tout le monde ? Rahvi, le chef d’Olivia, parviendra-t-il à mettre au point un remède à leur condition ? Olivia trouvera-t-elle l’amour ? etc.) à de courtes intrigues pop, décalées et gentiment gores, cette série, adaptée d’un comic book signé Chris Roberson et Mike Allred, offre de bons moments de loufoquerie et développe un sérieux potentiel addictif. Sa cinquième et dernière saison clôture en beauté les (més)aventures d’Olivia Moore. 100 % de cervelle fraîche, 0 % de prise de tête : la série parfaite à dévorer cet été.

iZombie, sur Netflix.

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Faire voyager nos oreilles avec Kokoroko

Le groupe de jazz londonien Kokoroko, qui avait renversé la Toile avec le single « Abusey Junction », dévoile un premier album très attendu et s’installe de manière concrète dans le paysage musical moderne. Jazz contemporain décapé à la sauce Afrique de l’Ouest, le disque est un hommage à la musique traditionnelle qui a inspiré les huit membres de la formation. Percussions africaines et batterie résonnent au milieu des déhanchés de basse et de guitare électrique. Les cuivres sont au centre de l’album, personnages principaux de la mélodie, menés avec brio par la trompettiste Sheila Maurice-Grey. Des riffs de guitare très afro-rock de « Soul Searching » aux touches lounge-jazz d’« Age of Ascent », Kokoroko mélange une multitude de sonorités pour concocter une galette qui régalera les fans de jazz, et fait honneur aux origines du groupe.

Kokoroko, Could We Be More (Brownswood Recordings)

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Profiter des Rencontres d’Arles

Ne pas oublier d’inscrire à son agenda estival le rendez-vous international de la photographie ! Les femmes, en avant-garde, y sont plus que jamais à l’honneur et, autour de la grande rétrospective Lee Miller, égérie des surréalistes, photographe de mode, reporter de guerre, il faut découvrir ou revoir le travail de Babette Mangolte, icône de la photographie de danse qui a reçu cette année le prix Women in Motion, après Sabine Weiss en 2020. Celui de Barbara Iweins, en forme d’inventaire, dresse la liste vertigineuse de ses possessions. Arles présente encore la première exposition monographique de l’artiste américaine Bettina Grossman, plus connue sous le nom de Bettina, chamane de Manhattan. Les portraits d’arbres de Léa Habourdin entraînent le visiteur sur un autre fil, vert, la nature étant un des autres grands axes de cette édition 2022, l’occasion de découvrir la vallée enchantée de ­Pierfrancesco Celada, l’Italien de Hongkong, mais aussi les forêts en lutte vues par ­Ritual ­Inhabitual, en territoire mapuche. Comment va le monde ? Seif Kousmate contamine à l’acide ses images d’oasis pour montrer son Maroc en mal d’eau. Chacun trouvera ainsi son bonheur à Arles, et sans nul doute en parcourant quarante ans de carrière du photographe ghanéen James Barnor !

Arles. Les Rencontres de la photographie. Jusqu’au 25 septembre.

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