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Feux de forêt : pourquoi la Gironde est plus touchée par les incendies

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Le scénario était redouté des sapeurs-pompiers. Près d’un mois après le départ de feux de forêt frappant le secteur de Landiras, dans le département de la Gironde, l’incendie, fixé depuis le 25 juillet, reprenait autour des communes de Saint-Magne et d’Hostens (à la frontière des Landes) ce mardi 9 août, consumant 6 800 hectares de forêt supplémentaires.

Le feu est « très vigoureux » et « le combat extrêmement ardent », précisait ce mercredi 10 août, en point presse, Martin Guespereau, préfet délégué pour la défense et la sécurité en Gironde, tandis que le sort du département et les images de ses forêts en proie aux flammes comptaient, de nouveau, parmi les sujets de l’actualité estivale.

Un département à risque

Une répétition qui n’étonne guère Christian Pinaudeau, ex-directeur de la maison de la forêt de Bordeaux et auteur d’Échecs aux feux de forêt (L’Harmattan, 2020), qui le rappelle : « La Gironde est, historiquement, le département le plus à risque de France. »

Et pour cause, déjà en 1949, le département était le théâtre de gigantesques feux de forêt. Ils ravageaient alors 60 000 hectares et faisaient 82 morts civils et militaires. Sans compter que la Gironde détient un « triste record » : « Entre 1940 et 1950, la moitié du massif forestier disparaissait sous les flammes, soit 400 000 hectares. »

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Depuis le département fait l’objet d’un « travail conséquent de prévention » : le massif est quadrillé de pistes et de points d’eau destinés aux pompiers (tous les 500 mètres) et pourvu d’un système sophistiqué de cartographie numérique. Ainsi, souligne le spécialiste, si le département comptait 1 500 départs de feu par an, « la logistique se montrait très efficace ». Jusqu’à cet été…

Météo et combustibles

Si la piste criminelle est évoquée quant aux départs de feu, « la puissance de feu dépend, elle, de deux critères : les conditions météorologiques et la densité de combustibles », expose Dominique Morvan, chercheur à l’université d’Aix-Marseille et spécialiste de la propagation des feux de forêt. Or, « le département compte bon nombre de plantations cultivées [soit des rangées d’arbres, parfois serrées] et cette année est exceptionnelle en termes de sécheresse et de températures », précise le spécialiste.

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Ainsi, outre la lutte contre le réchauffement climatique, « distancier et/ou élaguer les arbres afin d’éviter que le feu ne se propage des uns aux autres » fera vraisemblablement partie de la panoplie de solutions proposées aux propriétaires de ces forêts, lorsqu’il sera question de les replanter, anticipe-t-il.

Sol et essence

Restent des paramètres contre lesquels « on ne peut pas grand-chose », regrette Christian Pinaudeau. Ainsi, le sol tourbeux de ces zones, qui compte parmi les facteurs aggravants : « Il a la particularité que le feu, même fixé, s’y enterre et continue d’évoluer en souterrain, avec la possibilité de ressortir cinquante, voire cent mètres plus loin et d’engendrer une reprise d’incendie. »

Mais aussi l’essence des arbres, régulièrement incriminée depuis le début de l’été. « À tort », assurent les spécialistes. « On entend dire qu’il faudrait planter des feuillus, car ils brûlent moins, mais la raison pour laquelle ils brûlent moins est simple : c’est parce qu’on les trouve dans des terres plus humides ! » expose Pinaudeau, qui rappelle que le pin (peu gourmand en eau et en nutriments) demeure l’essence la plus « adaptée à ces zones ». « L’arbre magique n’existe pas. Aucun, hélas, ne nous procure d’ombre l’été, tout en résistant aux tempêtes et aux feux de forêt… »


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