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Pourquoi il ne faut pas démarrer la pratique d’un instrument trop tôt

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Dès la vie in utero, un enfant à naître peut commencer à se familiariser avec la musique. Tout est déjà prêt pour cette première rencontre. « L’ouïe atteint un développement fonctionnel entre la 25 e et la 30 e semaine de gestation, explique Assal Habibichercheuse en neurosciences à l’université de Californie du Sud (Los Angeles), spécialiste du développement cérébral, de la formation musicale et de la cognition sociale. Ainsi, les informations auditives, y compris la musique, peuvent être traitées. C’est prouvé : les bébés dans le ventre de leur mère sont déjà sensibles à certaines tonalités musicales, en particulier au cours du dernier trimestre. » Pas de preuves, en revanche, d’un lien direct entre l’écoute de morceaux par la mère pendant la grossesse et de meilleures capacités musicales pour l’enfant à naître.

Pour favoriser l’oreille musicale, mieux vaut miser sur la petite enfance. « Avant l’âge de 4 ans, l’éveil musical permet de développer les compétences perceptives », indique Hervé Platel, professeur de neuropsychologie et spécialiste du traitement de la musique par le cerveau. Les nourrissons sont pleinement réceptifs. Jouer des morceaux (attention à ne pas forcer sur le volume, leurs oreilles sont sensibles) dans leur environnement et chanter avec eux peut accélérer leur perception des mélodies et du rythme. « On peut également les faire bouger sur la musique », précise Assal Habibi. L’éveil se fait aussi bien à la crèche que dans des associations spécifiques. « Outre qu’elle développe l’oreille, cette initiation permet aux enfants d’apprendre la synchronisation et l’attention aux autres. Le chant, la danse et les percussions peuvent également être utilisés dans ce cadre », précise Hervé Platel.

Virtuosité, créativité. Pas de précipitation, en revanche, pour entamer l’étude d’un instrument. Pour jouer du violon ou de la guitare, les zones du cerveau qui contrôlent l’ouïe, la vue et les capacités motrices doivent se lancer dans une symphonie extraordinaire. Prématuré pour les tout-petits. «Les neurophysiologistes ne conseillent pas de démarrer l’apprentissage formel d’un instrument de musique avant 4 ans, car il est nécessaire que le corps de l’enfant, et surtout ses membres, se développe suffisamment afin de pouvoir réaliser les bons gestes qui vont permettre petit à petit la maîtrise motrice de cet instrument », souligne Hervé Platel. À un jeune âge, le cerveau est encore en pleine maturation.

La précocité de l’apprentissage d’un instrument donne, certes, plus de chances statistiques de créer des virtuoses, mais n’est en rien la garantie d’une créativité et d’une carrière hors du commun. Consolons-nous : à défaut de devenir le nouveau Mozart, l’enfant a tout de même beaucoup à gagner de la pratique de la musique. « Son apprentissage favorise aussi le développement du langage et de la parole, ainsi que les fonctions exécutives, notamment la mémoire à court terme », ajoute la neuroscientifique californienne.


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