Ce soir ?

The Libertines : drogue, cadavres et « concerts guérillas »

Written by admin


La relation de Pete Doherty et Carl Barât, les chanteurs et guitaristes du groupe post-punk anglais The Libertines, est tellement intense qu’elle peut vite devenir explosive. Leur ex-manageur Alan McGee n’a jamais pu oublier le séjour que les deux musiciens ont passé en 2003 dans son cottage du pays de Galles pour travailler sur leur deuxième album. Un lieu bucolique, parfait pour écrire des chansons. « Je suis parti me coucher, les laissant ensemble en train d’écouter “Don’t Look Back in Anger” d’Oasis sur la chaîne stéréo, en finissant une bouteille de whisky », écrit Alan dans son autobiographie déjantée, Creation Stories.

« Le lendemain matin, à 9 h 45, j’étais assis dans le salon, au téléphone avec mon bureau, quand Carl est entré. Pendant cinq secondes, j’ai cru qu’il portait un masque d’Halloween pour me faire une blague. Et puis, tout à coup, j’ai réalisé que ce n’était pas un masque, mais son visage ! » Quand nous rencontrons McGee près de quinze ans plus tard à Londres et lui rappelons cet épisode, il frissonne d’effroi. Il ne peut oublier la figure du guitariste, couverte de sang séché, et surtout, horreur, un de ses yeux pend en dehors de son orbite.

Deux gardes du corps

Que s’est-il passé ? La veille, Pete et Carl se sont disputés à propos d’une fille. Ils se sont dit des choses horribles : après des années d’amitié, chacun sait exactement avec quels mots blesser l’autre. Avant de retourner dans sa chambre pour se coucher, Carl s’est tapé la tête contre le lavabo en marbre, vingt ou trente fois. « Je ne voulais tout simplement plus être dans mon corps », expliquera-t-il au journal The Independent. Il a alors 25 ans.

Alan décide de se rendre aux urgences avec Carl, laissant Pete chez lui. Ce dernier sort de prison, mieux vaut rester discret sur sa présence dans la maison ce soir-là. Mais, à l’hôpital, personne ne croit que Barât puisse s’être blessé lui-même et les docteurs essayent de lui faire admettre que c’est Alan qui l’a frappé ! En tout cas, ce jour-là, le rockeur a vraiment failli perdre son œil. Alors, pour éviter un nouveau drame quand ils sont finalement entrés en studio quelques semaines plus tard, Alan a engagé deux immenses gardes du corps pour les empêcher de s’entretuer. « Chaque fois qu’une dispute éclatait, chacun des gardes du corps saisissait son Libertine et le portait de l’autre côté de la pièce. Les pieds de Pete et de Carl remuaient dans les airs, en essayant de frapper l’autre », se souvient-il.

À LIRE AUSSIVIDÉO. Carl Barât & The Jackals

Glamour et kleptomanie

Pete Doherty est célèbre pour ses retards, ses overdoses, ses cures de désintoxication, ses séjours en prison, ses histoires d’amour destructrices avec des mannequins androgynes (il compte parmi ses illustres conquêtes Kate Moss et Irina Lazareanu). Pourtant, peu de gens connaissent cet autre vice que le rockeur a longtemps dissimulé derrière un épais nuage de crack : la kleptomanie. Alan McGee a été le premier à s’en apercevoir. « Chez moi, Pete se promenait dans le salon et mettait mes livres rares dans son sac tandis que Carl le suivait lentement, les reprenait de son sac et les replaçait sur les étagères », raconte-t-il.

Un témoin clément confirme : « C’est du fétichisme de souvenirs… » « Plutôt une maladie ! » réagit McGee. « Un jour, nous étions ensemble dans un taxi. Tout à coup, il a fait arrêter la voiture, a dit : “Attendez-moi un instant”, il est entré chez un pépiniériste, a pris un énorme cactus, l’a emporté sans payer, l’a déposé entre nous et a demandé au chauffeur de redémarrer. J’étais sonné, je ne savais pas quoi dire », se souvient-il. « Ce n’était même pas une jolie plante : c’était un cactus ! » s’étonne-t-il encore.

En septembre 2003, son petit péché le fait totalement déraper. Pete est carrément condamné pour avoir cambriolé l’appartement de Carl Barât à Londres. À 24 ans, il venait de se faire virer des Libertines, qui ne pouvaient plus supporter la consommation excessive de crack et d’héroïne de leur chanteur. Le 25 juillet, alors que le groupe est en tournée au Japon – sans lui –, il force la porte du guitariste et emporte un ordinateur portable, une guitare de collection, un lecteur CD, un magnétoscope, un harmonica et des livres. Il écope de six mois de prison. Il en purgera deux, son avocat ayant convaincu les juges de l’envoyer en cure de désintoxication. Pas rancunier, Carl l’attendra à la sortie. Devant la grille de sa geôle, ils sont tombés dans les bras l’un de l’autre et se sont réconciliés.

Allers et retours en désintox

« Pete est totalement klepto quand il est sous héroïne », constate Alan McGee. Le problème, c’est qu’il est rarement clean. Alan devait même le faire surveiller en permanence pour savoir où il était. Ainsi, à la veille de leur départ en tournée en mars 2004, il extirpe Pete d’une fumerie de crack en le roulant dans un tapis. Vêtu d’une chaussette et sans pantalon, le jeune homme ne pouvait plus marcher. Toute la tournée se déroulera ainsi. Chaque soir, Alan se demande si Pete pourra jouer. À la fin, Pete est tellement maigre et drogué… C’est une question de vie ou de mort, il faut le désintoxiquer. « Je l’ai récupéré dans un lit avec une fille, dans une autre fumerie de crack. Il a brûlé tout un tas d’héroïne, l’a aspirée, et l’a recrachée, droit sur mon visage. Pendant quinze minutes, j’ai été incapable de bouger. Et puis je suis redescendu sur terre, et on l’a emmené direct au Priory, un centre de désintoxication », raconte McGee au Mirror. Là, Pete tient une semaine avant qu’Alan ne le retrouve à nouveau dans un hôtel en train de fumer du crack. De retour au Priory, il s’échappe encore huit jours plus tard… C’est sans fin.

En 2004, Carl et Pete s’installent à l’hôtel Albion, rue Notre-Dame-de-Lorette, à Paris, pour écrire des chansons (tous deux sont fascinés par la mythologie de l’Albion, ancienne dénomination de l’Angleterre). Alan s’en souvient : « Carl est venu me voir, et il avait l’air très anxieux. Lui-même était sur le point de tomber sérieusement dans la drogue et il avait peur de basculer de l’autre côté à force de traîner avec Pete à Paris. Je lui ai donc proposé d’être leur chaperon. » Pete ne semble pas spécialement ravi de son nouveau sigisbée d’un soir… La nuit se conclura tout de même dans une fête mémorable, chez des copines de Pete, une bande de top modèles. « Il y avait un plateau qui circulait avec absolument toutes les drogues possibles », se souvient McGee. Le lendemain, ambiance silencieuse dans l’Eurostar qui les ramène à Londres… « Quand on est entrés dans le tunnel, j’ai remarqué une drôle d’odeur. Je me suis retourné et j’ai vu Pete, avec sa pipe à crack allumée. Je me suis dit que ce n’était pas gagné… »

Plusieurs cadavres

Pete finit par s’installer à Paris. Il loue un appartement à Pigalle, au-dessus du tabac qui fait l’angle du Mansart, en colocation avec deux danseuses. Il vend ses chaussures, ses guitares, et tout ce que ses fans sont prêts à lui acheter, pour pouvoir payer ses doses d’héroïne. Son intérieur est dégueulasse. Quand il n’est pas au bar Le Bergerac (où il finira par donner un concert pour payer sa note), il dessine sur les murs avec son sang. En 2005, Doherty finance sa drogue en organisant des « concerts guérillas » dans des appartements. Le principe : poster l’adresse et l’heure du rendez-vous sur un forum, jouer les chansons, prendre l’argent et les drogues. Même si ce n’était pas le but, cette proximité a contribué à souder sa communauté de fans… Mais cela rend Carl hystérique. Pour rendre impossibles ces « concerts guérillas » chez lui, Alan installe Pete dans un appartement minuscule, infect, avec de la poésie écrite avec du sang sur les murs et des seringues sales traînant par terre. « Il n’y avait la place que pour un lit, et presque rien d’autre. Et pourtant, il arrivait à y faire entrer jusqu’à cinquante personnes. En faisant deux concerts par soir, il gagnait 1 000 livres sterling, et dépensait tout en crack », se désespère Alan.

Si Pete s’en sort toujours miraculeusement vivant, on trouve plusieurs cadavres dans son sillage. En décembre 2006, Mark Blanco, 30 ans, étudiant en philosophie à Cambridge, fait la fête avec Doherty, avant d’être retrouvé, agonisant, sur le trottoir. Selon les enquêteurs, il aurait été porté puis jeté du balcon du premier étage, après s’être disputé avec le chanteur. Quand Pete Doherty et ses amis quittent la scène du crime et passent à côté de lui, douze minutes plus tard, ils l’observent, puis partent en courant. Mark Blanco est mort le lendemain à l’hôpital. Trois ans plus tard, en janvier 2010, c’est Robin Whitehead, la fille aînée de l’héritière Dido Goldsmith et du cinéaste Peter Whitehead, qui meurt à 27 ans d’une overdose dans un appartement de l’est de Londres, alors qu’elle filmait Doherty pour un documentaire.

Une nouvelle vie à Étretat

« Un des plus grands challenges de ma vie a été de manager les Libertines », admet Alan, qui en a pourtant vu d’autres. « Pete a tout pour lui. Les chansons, les paroles, l’attitude. Il est tellement pointu, rapide. Il pourrait être monumental. Mais c’est l’homme le plus nihiliste que j’aie jamais rencontré. » The Libertines n’ont pas survécu aux frasques du rejeton le plus terrible du rock. Même s’ils sont toujours officiellement ensemble et ont fait une tournée en 2019, ils sont restés séparés entre 2004 et 2014 (à part une courte réunion en 2010), et n’ont pas sorti d’album depuis 2015.

Mais n’enterrez jamais Peter Doherty ! Il ressurgit toujours là où on ne l’attend pas ! Le chantre de la « perfide Albion », acteur aux côtés de Charlotte Gainsbourg dans Confession d’un enfant du siècle, vit aujourd’hui à Étretat, où il a composé avec Frédéric Lo (Daniel Darc, Alex Beaupain…) un album nourri des aventures d’Arsène Lupin, le personnage de Maurice Leblanc, un dandy connu pour ses délits et sa capacité à s’extraire des plus improbables situations…. Ça vous rappelle quelqu’un ?

À LIRE AUSSILana Del Rey et Pete Doherty : et si on les mariait…



Leave a Comment