Ce soir ?

De jeunes réfugiés ukrainiens en colo pour oublier la guerre

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C’est devenu un rituel. Roulant les « r » d’un air martial, Margot Floréan lance un « trrraductorrr » qui fait sourire Elisabeta. Téléphone portable à la main, elle dicte une phrase à un célèbre moteur de recherche qui traduit les mots en ukrainien, puis montre l’écran à la fillette de 12 ans. « C’est une communication particulière, grâce à Internet, d’une part, mais aussi très gestuelle, explique la directrice de cette colonie installée à Feins (Ille-et-Vilaine). On peut aussi parler en anglais, mais ils arrivent à comprendre rapidement et à participer aux activités. » Si Elisabeta articule même quelques mots de français (« Je sais dire “manger”, “boire”, “comment tu t’appelles”, “j’ai mal”… »), sa compatriote Sofia, d’un an sa cadette, décline uniquement son nom et son âge. C’est toutefois plus que Djena et Platon, deux garçons d’une dizaine d’années, qui, eux, ne parlent que leur langue maternelle.

Depuis le 31 juillet, ils sont une vingtaine de réfugiés à avoir été envoyés dans plusieurs colonies de vacances à travers la France, par groupe de deux ou quatre, grâce à Croq’Vacances, qui a réuni 20 000 euros par le biais d’opérations diverses pour financer les séjours. L’espace d’une semaine, ils oublient (un peu) leurs tourments, même si, à l’instar des deux garçonnets, la tristesse reste palpable. « Il n’y a pas de coup de cafard, mais ça se voit sur leur visage qu’ils ont vécu quelque chose de rude, reprend la responsable. Notre objectif, c’est de les faire sourire, et quand on les voit s’amuser, participer aux activités, c’est mission accomplie. »

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Consignes adaptées

Dès les premiers jours, l’équipe d’animateurs a concocté un jeu de piste avec des énigmes écrites en russe pour faciliter l’intégration. « Seuls les Ukrainiens pouvaient comprendre, du coup, tous les enfants étaient obligés d’aller les voir, ça les a valorisés, car ils étaient la clé pour continuer à avancer. » Passé la barrière linguistique, avec des règles écrites en phonétique, il a aussi fallu adapter le quotidien. En fin d’après-midi, un créneau horaire a été décrété pour appeler les parents et s’informer. Pour les repas, Platon, Djena, Sofia et Elisabeta ont aussi été consultés pour ajuster les menus.

Quant aux activités, des consignes ont été passées. « On a sensibilisé tout le monde sur certaines choses : par exemple, ne pas s’amuser à faire des armes avec des bâtons en bois quand on fait des constructions de cabane. De même pour la grande soirée, d’habitude, on gonfle des ballons de baudruche, mais si ça explose, on ne connaît pas les réactions, on ne veut pas les terroriser. Tout cela, les enfants l’ont compris et accepté. »

Vous imaginez ? Vous êtes dans votre pays et parce qu’il y a une guerre vous êtes obligé de partir, vous ne connaissez personne, ça me fait mal au cœur.

Des enfants non seulement très compréhensifs, mais surtout compatissants vis-à-vis du sort de leurs nouveaux amis avec qui, tant bien que mal, ils parviennent quand même à partager un peu les joies, mais aussi les peines. Notamment Maylin, 10 ans, qui a passé une partie de son année scolaire avec des Ukrainiens. « J’en ai dans mon école et je sais comment faire : quand on va manger, on montre une fourchette, quand il faut se brosser les dents, on fait le geste. J’ai appris quelques mots en ukrainien comme “au revoir”, “merci”, “oui”, “non”. Elisabeta m’a dit qu’elle habitait à Kiev, que ses proches se sont fait bombarder, ça me rend triste. »

Pour beaucoup d’autres, cette rencontre rend concrète cette guerre qu’ils n’ont jusqu’ici perçue qu’à travers les médias, chez eux. Face à la détresse de ses camarades, Achille, 12 ans, est, lui, décidé : « Je veux aider l’Ukraine, car je ne comprends pas pourquoi le président russe a déclaré la guerre sans raison. J’ai vu à la télé des militaires qui ont tout détruit ! » Des images qui hantent également Hugo : « Vous imaginez ? Vous êtes dans votre pays où vous êtes né et parce qu’il y a une guerre vous êtes obligé de partir, vous ne connaissez personne, ça me fait mal au cœur. » Même indignation pour Matéo : « C’est injuste, on est tous égaux, ça devrait s’arrêter, mais, non, ça continue… » Quant à Sacha, lui aussi a ressenti cette mélancolie dans le regard des quatre réfugiés de son âge. « Je les sens heureux d’être là, mais, à l’intérieur, je crois que ça ne va pas. »

Alors, pendant une semaine, tous se sont donné le mot : « Il faut leur remonter le moral. » Et ça, en langage enfantin, c’est aussi spontané qu’universel.


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