Ce soir ?

« Pourquoi l’Agence humanitaire de l’Union africaine doit être saluée »

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En voilà une bonne nouvelle que de voir le continent se prendre en main sur une question qui lui est centrale, l’humanitaire, en partenariat avec les instances nationales, régionales et les agences internationales, dont le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), avec sa structure propre. L’Agence humanitaire de l’Union africaine ainsi créée vise à « s’ancrer dans les mécanismes nationaux et régionaux, et à être financée par les ressources propres de l’Afrique », tout en reposant sur des valeurs panafricaines. 

Une agence d’importance stratégique…

Dotée de nouveaux moyens financiers, 140 millions de dollars d’engagements obtenus lors du Sommet humanitaire et la Conférence des donateurs organisés par l’UA et la Guinée équatoriale fin mai à Malabo, l’Agence humanitaire de l’Union africaine (AHUA) détient un mandat d’une haute importance stratégique. L’Afrique, où se déroule 75 % de l’activité humanitaire globale, abrite en effet 26 % des réfugiés du monde entier. Pas moins de 114 millions de personnes y ont besoin d’une assistance, selon les Nations unies.

Aussi l’Union africaine place-t-elle en première priorité la « prise en considération des besoins spéciaux des femmes et des groupes vulnérables, spécialement les enfants, les jeunes et les personnes âgées ». Il en va de l’avenir dans « l’Afrique que nous voulons », telle qu’elle est mise en avant par l’Agenda 2063 de l’UA, mais aussi des efforts à poursuivre sans relâche pour atteindre les Objectifs de développement durable (ODD) à l’horizon 2030. 

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… pour des besoins pressants sur le terrain  

Les besoins augmentent rapidement, avec la hausse du nombre de catastrophes naturelles liées au changement climatique, des cyclones à répétition au Mozambique aux inondations récurrentes, en passant par l’assèchement des lacs et la sécheresse. En outre, les conflits persistent en Afrique, où se déroulent 15 des 32 guerres actives dans le monde. Trois des dix pays nécessitant le plus d’aide se trouvent sur le continent : la République démocratique du Congo, en troisième position après le Yémen et la Syrie, puis le Soudan et le Nigeria. En 2021, l’UNFPA a fourni une aide humanitaire vitale à 29 millions de femmes de 15 à 49 ans dans 42 pays, et à 4,3 millions de jeunes de 10 à 24 ans dans 33 pays. 

Toutes les personnes déplacées ont des droits essentiels dont celui de l’accès à une assistance. En particulier les femmes et les enfants, les chefs de ménage célibataires et les mineurs non accompagnés. La protection spéciale dont ils doivent bénéficier comprend toutes les formes contre la violence sexuelle ou basée sur le genre contre les femmes et les enfants, lesquels forment la majorité des populations déplacées. 

Chaque jour, dans des contextes humanitaires, plus de 500 femmes et filles meurent des suites de complications liées à la grossesse et à l’accouchement. La violence basée sur le genre augmente, avec des conséquences graves, parfois même mortelles. Les fournitures essentielles, telles que les serviettes hygiéniques et les contraceptifs, sont souvent hors de portée. Durant les conflits, les catastrophes naturelles et autres situations d’urgence. Les besoins liés à la santé sexuelle et reproductive sont négligés, alors qu’ils sont souvent considérables. 

Dans ces situations, l’UNFPA dispose d’une longue expérience de terrain et surtout d’un éventail très large de partenariats qui permet de délivrer des kits de dignité avec des produits d’hygiène, des kits de santé maternelle ainsi que de traitement post-viol. Les filles doivent également faire l’objet d’une attention spéciale, en raison de circonstances et de préjugés tenaces, en Afrique, qui les confrontent souvent à la discrimination dans l’accès aux services sociaux de base, l’aide, les opportunités et même l’établissement de documents à leur nom. Les mineurs, quant à eux, sont particulièrement exposés au risque de trafic humain, aux abus et au recrutement en tant qu’enfants soldats. 

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Les jeunes en première ligne du front humanitaire

Ce n’est donc pas un hasard si un Sommet des jeunes s’est tenu à Nairobi début mai en prélude au Sommet humanitaire de Malabo. La transition démographique fait que l’Afrique compte parmi sa population 62 % de moins de 25 ans, lesquels constituent aussi 60 % du total des chômeurs sur le continent. Vu qu’ils feront l’Afrique de demain, ils doivent faire l’objet de tous nos efforts pour gagner en perspectives d’avenir et en opportunités concrètes. 

En outre, les jeunes représentent une part importante des personnes touchées par les crises. Au niveau mondial, la moitié des enfants non scolarisés vivent dans un pays en situation de conflit. La préservation de leur bien-être et leur passage réussi à l’âge adulte sont des priorités essentielles des Nations unies comme de l’UA. Dans ce domaine, le savoir-faire de l’UNFPA passe par des approches innovantes, participatives, et une action largement relayée par les associations de jeunes actives sur le terrain, très alertes et au fait des besoins des communautés. 

La question du terrorisme prise en compte

Point important à saluer du côté de l’Union africaine : le fait qu’elle ait associé à son Sommet humanitaire de Malabo un Sommet inédit sur le terrorisme et les changements inconstitutionnels de régimes en Afrique. Cette initiative reconnaît l’une des causes profondes des conflits, de nature politique, qui voient les jeunes mourir en Afrique s’ils ne sont pas les premiers à manifester lors des crises pré-électorales ou post-électorales. Ces changements, qui vont dans le bon sens, méritent le soutien et l’accompagnement de tous ceux qui croient fermement qu’il faut renforcer l’autonomie des acteurs et mettre en place des solutions taillées sur mesure, pour et par l’Afrique. 

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* Conseilleur Spécial du Directeur Exécutif de l’UNFPA et directeur du bureau de représentation de l’UNFPA auprès de l’Union africaine et de la Commission économiques des Nations unies en Afrique. 


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