Ce soir ?

Comment, en Afrique, Paris a perdu la « guerre informationnelle » face à Moscou

Written by admin


L‘avenir de l’Europe se joue en partie en Afrique, continent à la croissance démographique vigoureuse et aux perspectives économiques dynamiques. C’est bien pour cette raison que la compétition géopolitique entre Russes et Occidentaux ne cesse de s’y aiguiser. Elle a été encore illustrée cet été par les tournées du président Emmanuel Macron et des chefs des diplomaties américaine et russe, Antony Blinken et Sergueï Lavrov. Depuis son annexion de la Crimée, en 2014, Moscou a conclu plus de 20 accords de coopération militaire avec des pays africains. Parallèlement, en déployant ces dernières années des troupes de la compagnie de mercenaires Wagner (Centrafrique, Mali, Libye, Soudan notamment) et en pratiquant une activité intense sur les réseaux sociaux et dans les médias africains, la Russie cherche à déstabiliser les intérêts européens à moindre coût – et plus elle s’enlise en Ukraine, plus elle est tentée de le faire.

Cet été, l’argument infiniment répété par les propagandistes locaux de Moscou veut que l’inflation et les pénuries de céréales soient dues aux sanctions occidentales contre la Russie – lesquelles, pourtant, ne frappent pas les produits alimentaires. L’efficacité politique de ce travail de sape a été mesurée le mercredi 2 mars lorsque 17 pays africains se sont abstenus et 8 autres ont refusé de prendre part au vote sur la résolution de l’Assemblée générale de l’ONU condamnant l’invasion de l’Ukraine. 

L’hostilité à la France restait un puissant facteur de mobilisation des populations africaines.

La force Barkhane a dû plier bagage non pas sous les coups de ses ennemis, les djihadistes, mais en raison de son incapacité à conquérir les cœurs et les esprits. La France a mis du temps avant de comprendre l’importance de la « guerre informationnelle », et donc la nécessité de se montrer plus convaincante. En novembre 2021, la population s’était mobilisée pour bloquer un convoi militaire français au Burkina, sur fond de rumeurs prétendant que Paris livrait des armes aux djihadistes locaux. L’incident, parmi d’autres, a bien montré que l’hostilité à la France restait un puissant facteur de mobilisation des populations africaines. D’autres rumeurs largement partagées sur les réseaux présentent la France comme uniquement intéressée par les ressources minières locales.

La supériorité tactique écrasante de l’armée française ne peut rien contre une insurrection nourrie par une mauvaise gouvernance et des conflits politiques locaux. Et elle ne peut pas effacer les effets négatifs d’une communication désastreuse, comme lorsque Emmanuel Macron avait « convoqué » les dirigeants sahéliens au sommet de Pau en 2020. Au Mali, ce sont nos propres faiblesses de communication que la Russie et ses partenaires locaux ont exploitées – et avec quelle facilité ! – pour dresser la population contre Paris.


Leave a Comment