Ce soir ?

« J’en veux toujours énormément à Nicolas Sarkozy »

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« Je ne doute pas qu’ils seront nombreux au soir du 24 avril à prendre la parole pour faire l’exégèse ou tirer les leçons de cette élection. »Ainsi parlait l’ancien porte-parole de la campagne de Valérie Pécresse Othman Nasrou, dans nos colonnes en avril dernier, peu avant un « crash » historique. Aujourd’hui, c’est à lui de tirer un premier bilan alors que l’élection pour la présidence du parti Les Républicains est annoncée pour décembre prochain.

Du score calamiteux de la « Dame du faire », ce trentenaire retient une tentative de faire valoir des solutions pour le pays. Un programme dont il accuse Emmanuel Macron d’avoir repris certaines des mesures les plus symboliques. Comment expliquer alors la désaffection pour sa famille politique ? Tout tient dans le « droit d’inventaire », explique le vice-président d’Île-de-France, élu de Trappes, qui envisage lui-même de candidater à l’élection pour la présidence de son parti. Années Sarkozy, changement de nom, clarté idéologique… Pour Le Point, ce représentant d’une jeune garde aux dents longues tire les leçons.

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Le Point : Après avoir obtenu moins de 5 % à l’élection présidentielle, votre parti, Les Républicains, est parvenu à sauver un groupe assez important à l’Assemblée nationale. C’est un paradoxe ?

Othman Nasrou : C’est encore plus profond que ce que vous décrivez. Nous avons gagné toutes les élections intermédiaires, les Français n’ayant eu aucun mal à nous confier les rênes de leurs communes, de leurs départements ou de leurs régions, mais sans nous confier les rênes du pays. Pourquoi ? Si nous ne nous posons pas la question, il y a très peu de chances que nous revenions au pouvoir un jour. Les Français s’inquiètent pour leur sécurité, la maîtrise des flux migratoires, l’inflation. Autant de sujets que nous abordons régulièrement à droite. Mais sur ces problèmes de fond, lorsque nous proposons des solutions, rien n’est mis à notre crédit. Nous n’apparaissons pas comme le porte-voix efficace des millions de Français qui partagent nos idées. Encore une fois, pourquoi ?

Je crois que nous n’avons pas su démontrer, par le passé, que nous étions en mesure de tenir les changements promis, d’honorer nos promesses de réformes. En fait, d’aller au bout de ce qui était souhaitable et nécessaire. Nous avons eu la main qui tremble… face à la rue, aux médias, mais aussi en raison d’une forme de soumission intellectuelle à la gauche. Même à droite, certains cherchent à expliquer que nous ne devrions pas parler de certains sujets, comme l’identité, qu’il faudrait faire attention à ne pas passer pour plus libéraux que nous ne le sommes déjà. Résultat, nous avons tellement brouillé les cartes que nous ne savons plus aujourd’hui de quoi nous sommes le nom, encore moins les électeurs. Il faut maintenant avoir le courage de dresser l’inventaire de notre famille politique. J’entends y participer.

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Vous qui siégez au conseil régional d’Île-de-France, quelle est la part de responsabilité de Valérie Pécresse dans cet échec ?

N’espérez pas de moi que je crache dans la soupe. J’ai trouvé assez inélégant que des gens qui ont participé à cette campagne, en étant au cœur du réacteur, soient les premiers à en dire du mal dès le lendemain. Je ne partage pas ce logiciel, ce n’est pas ma manière de faire. Je pense d’ailleurs que nous avons manqué de collectif pendant cette campagne en raison de toutes ces haines recuites cultivées au sein des générations précédentes et qui sont mortifères pour notre famille politique. La réalité, c’est que cette défaite vient de loin. Ce qui ne veut pas dire que nous n’avons pas fait d’erreur pendant ces mois intenses. Mais je crois qu’une chose est désormais mise au crédit de la droite : notre programme, celui défendu par la candidate. Nous le voyons sur la monétisation des RTT votée récemment grâce aux parlementaires LR ou encore sur la question des heures supplémentaires… Assez ironiquement, le gouvernement a intégré certaines de nos propositions qu’il avait combattues autrefois. La droite a encore de beaux restes.

Aucun candidat de notre famille politique n’aurait pu gagner l’élection présidentielle face à Emmanuel Macron.

Selon vous, le sujet de l’équation personnelle, de l’incarnation n’a pas été déterminant ? Comment expliquer, sinon, la désaffection des Français pour votre candidate ?

Il y a un élément que l’on n’évoque presque jamais : notre entrée plus que tardive dans la course. Nous aurions dû désigner notre candidat bien en amont. Nous avons trop tergiversé et perdu en dynamique. À mon sens, notre prochain candidat à l’élection présidentielle devra être désigné au moins deux ans à l’avance, pour nous permettre de faire valoir nos idées, un projet pour le pays, après avoir fait l’inventaire de ce qui a marché ou pas. Mais je crois pouvoir vous assurer qu’aucun candidat de notre famille politique n’aurait pu gagner l’élection présidentielle face à Emmanuel Macron. Cette élection n’était tout simplement pas gagnable pour la droite.

Vous parlez d’inventaire. C’est-à-dire ? Vous pensez à des personnalités de droite en particulier ?

En 2007, Nicolas Sarkozy est élu sur une promesse de rupture. Or, nous n’avons pas été jusqu’au bout de cette rupture. La droite n’a pas tenu toutes ses promesses, ce qui a pu créer un certain malaise chez nos électeurs. En tant que porte-parole, j’ai entendu les critiques qui me sont revenues pendant la campagne de Valérie Pécresse. J’en donne quelques exemples. Concernant la sécurité, la suppression d’effectifs policiers sous le mandat de Nicolas Sarkozy, quelle que soit sa justification à l’époque, nous poursuit encore – c’est un fait. Il en va de même pour la double peine, dont l’automaticité ne fait plus débat aujourd’hui : il faut évidemment expulser des étrangers qui se rendent coupables de crimes ou de délits graves. Il y a aussi la question du référendum de 2005, à la suite duquel nous avons donné le sentiment de ne pas respecter la souveraineté populaire qui s’était exprimée. Vous savez, la droite républicaine a un passé, donc un actif, et nécessairement un passif. Si l’actif est à mettre au crédit de Nicolas Sarkozy, il serait tout aussi honnête de reconnaître qu’il a aussi un passif. Sur la question de la confiance rompue, il a une responsabilité majeure.

Force est de reconnaître qu’avec Nicolas Sarkozy vous n’aviez pas de problèmes d’incarnation…

Peut-être. Mais vous remarquerez que cette incarnation, à aucun moment, il ne l’a mise au service d’un collectif pendant la dernière campagne présidentielle. Je pense que tous les militants, les adhérents et les élus qui se sont battus sans faillir jusqu’au bout lui en veulent toujours énormément. J’en fais partie.

Nous pouvons revenir peints en rose – pourquoi pas – avec un nom différent ou exotique, ça ne changera strictement rien.

Faire l’inventaire, c’est aussi changer de nom ? Vous nous avez déjà fait le coup…

Changer le nom, sans s’intéresser au reste, serait pire que tout. Un ripolinage de façade ne sera pas suffisant. Il faut que nous soyons capables de reconnaître nos erreurs passées pour comprendre pourquoi nous avons perdu la confiance des Français. Nous pouvons revenir peints en rose – pourquoi pas – avec un nom différent ou exotique, ça ne changera strictement rien. Mais, si changer le nom participe d’une stratégie de refondation, où nous décidons de tout remettre à plat, alors pourquoi pas ?

La position d’équilibre du groupe LR à l’Assemblée nationale vous paraît-elle la bonne stratégie ?

Tant que notre ligne est claire, il n’y a pas de difficultés à voter favorablement certains textes. Mais il est impératif que nous soyons en mesure de dire quelles sont nos contributions, par exemple, sur la revalorisation du travail ou encore sur la lutte contre la fraude sociale, avec la carte vitale biométrique. Nous ne sommes pas passifs, à simplement appuyer sur le bouton une fois le projet de loi soumis à l’Assemblée nationale, mais plutôt force de proposition dans l’opposition. C’est tout le travail de refondation qui nous attend et je ne crois pas qu’il devra se faire sur une ligne sociale étatiste.

Ceux qui opposent une vision libérale et l’intérêt des classes populaires ont tort de jouer la division de notre famille politique.

Est-ce une pique à l’endroit d’Aurélien Pradié, le secrétaire général des Républicains et probable candidat à la tête du parti ? La droite, pour renouer avec son électorat, doit-elle forcément être libérale ?

Qu’est-ce que cela veut dire « renouer avec les classes populaires » ? C’est un gros mot d’évoquer la revalorisation du travail, la baisse de la dépense publique, notre manque de compétitivité ? Quels sont ceux qui font les frais d’une dépense publique qui explose, de services publics dégradés ? Ce sont toujours les mêmes, en l’occurrence les classes moyennes françaises. Aujourd’hui, à partir du smic, vous n’avez plus le droit à rien. La réalité, c’est que ce sont les Français les plus modestes qui sont en attente d’une politique de droite. Ceux qui opposent une vision libérale et l’intérêt des classes populaires ont tort de jouer la division de notre famille politique. Je pense qu’ils nous mènent à une impasse électorale et idéologique en rétrécissant le champ des possibles.

Est-ce un problème qu’aucun des prétendants ne fasse partie des poids lourds de LR, comme Laurent Wauquiez ?

Non, je ne crois pas. Reconstruire ce parti dans l’état dans lequel nous sommes, c’est un travail à temps plein, cela n’a rien à voir avec l’élection présidentielle. Il faut qu’il y ait d’abord, à la tête de LR, des gens qui aient envie de reconstruire, de repenser la communication, de clarifier la ligne dans le dialogue avec toutes ses composantes. Il faut que nous soyons en mesure d’expliciter nos différences majeures avec Emmanuel Macron. Tous les partis de droite européenne qui ont su se reconstruire après des défaites cinglantes ont fait leur aggiornamento, leur « Bad Godesberg ». Une fois que nous aurons acté un corpus clair, nous serons mieux armés pour l’avenir. Ensuite viendra le temps de désigner un candidat à l’élection présidentielle. Tout le monde le sait pertinemment, ce ne sont pas les ambitions qui manquent à droite.

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Serez-vous candidat à la présidence des Républicains ?

Une chose est sûre, je suis malheureux de l’état de notre pays qui se délabre de jour en jour. Je considère que ni Emmanuel Macron ni Marine Le Pen ne sont des options viables. Nous aurons besoin de la droite si celle-ci réussit son examen de conscience. C’est notre unique chance de rebondir. Je suis plus que jamais déterminé à reconstruire une droite capable de défendre corps et âme l’identité, la culture et l’histoire de France. Une droite qui accepte de rompre avec la spirale de la dépense publique pour redonner de la liberté aux Français – et du vrai pouvoir d’achat. Une droite qui refuse d’être en soumission intellectuelle face à l’idéologie de la déconstruction et du wokisme. Une droite qui aura le courage de faire l’inventaire de ce que nous n’avons pas réussi aux responsabilités, pour regagner la confiance des Français. La question est de savoir quel est le meilleur chemin pour reconstruire cette droite-là. Je discute aujourd’hui avec de nombreux parlementaires et militants. Si je peux être utile, je le ferai avec enthousiasme et détermination.


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