Ce soir ?

« Le Maître du Zodiaque » : Claire Keim en Madame Soleil du FBI

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En 2004, TF1 frappe fort. Sa saga d’été Zodiaque séduit plus de dix millions de téléspectateurs. Au programme : une héroïne courageuse, un tueur en série qui élimine un à un chaque membre de sa famille, et un flic sur les dents un brin lyrique incarné par Francis Huster. Deux ans après ce triomphe, confirmé par les excellents scores d’audience de Dolmen diffusé l’été précédent, la première chaîne lance Le Maître du Zodiaque, adoptant la règle du « encore plus ». Encore plus noir, encore plus sulfureux et hélas… encore plus ridicule !

En 2004, 10,8 millions de fidèles ont suivi Zodiaque et les aventures d’Esther Delaître (Claire Keim), fille illégitime de Gabriel Saint-André (Michel Duchaussoy), puissant homme d’affaires marseillais, dont tous les membres de sa famille vont se faire dégommer par un tueur sanguinaire choisissant ses victimes en fonction de leurs signes du zodiaque – à chacun ses marottes. Aidée dans sa traque de la vérité par le très habité commissaire Antoine Keller (Francis Huster) avec qui elle finit bien entendu par faire youpi sous la couette, Esther découvrira que le coupable n’est autre que Mathias (Yannis Baraban) son frère jumeau, maléfique évidemment, dont elle ignorait l’existence. Emballé c’est un succès.

Lorsqu’en juin 2006, Takis Candilis, directeur de la fiction de TF1, annonce, enthousiaste, la prochaine diffusion du Maître du Zodiaque, il souligne volontiers la difficulté de donner une suite à un énorme succès. « Il ne faut pas décevoir les gens qui avaient aimé la première saison, mais, en même temps, la télévision a évolué », semblait-il s’excuser par avance.

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Hémoglobine sans eau de rose

En effet, peut-on encore parler de saga d’été quand tous les ingrédients romanesques, amours nunuchettes comprises, ont déserté les intrigues au profit d’une trame largement centrée sur le thriller. « On a été plus loin, mais dans le respect de tout ce qu’est encore le feuilleton de l’été », assurait pourtant le ponte de TF1, bien décidé à ne pas faire fuir la ménagère de moins de 50 ans, toujours disposée à accepter quelques gouttes d’hémoglobine du moment qu’on lui sert sa dose estivale d’eau de rose.

Mais dans Le Maître du Zodiaque, pas de place pour la mièvrerie : cette fois, les liaisons amoureuses passent au second plan et se révèlent plutôt du genre torturé ou flirtent parfois gentiment avec la bisexualité grâce à l’introduction d’une commissaire de police, Eva Trammel (un indice chez vous : Trammel, comme le nom de l’écrivain tout en pic à glace joué par Sharon Stone dans Basic Instinct), qui s’offre même le risque, en prime-time, d’effleurer les lèvres de la belle héroïne.

Quand commence Le Maître du Zodiaque, Esther a quitté Antoine et s’est réfugiée à New York avec son fils. Et comme à quelque chose malheur est toujours bon, elle a décroché un poste de criminologue au sein du FBI. Elle s’apprête à revenir en France pour témoigner au procès du Zodiaque, qui a survécu à ses blessures… après avoir pourtant rendu l’âme devant la France entière deux ans auparavant ! Mais de nouveaux meurtres sont commis par un nouvel assassin qui se fait appeler le maître du Zodiaque… Allez, on est reparti pour cinq épisodes : une touche de surnaturel, une rasade d’ésotérisme et une poignée de morts prêts à ressusciter à tout instant et voici notre Esther embarquée dans une série de scènes grand-guignolesques totalement barrées au gré d’une enquête foutraque et parfaitement absurde.

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Si le noir a remplacé le rose dans la saga d’été, c’est que les séries américaines font désormais la loi sur TF1, menées audimat battant par Les Experts dont la dernière mouture, située à Manhattan, a commencé quelques mois auparavant. Alors pas question de leur laisser le monopole du sulfureux et du trash. La saga de l’été 2006 joue désormais dans la cour des crimes en séries, des massacres de masse et propose même une drôle de liaison à trois entre les personnages incarnés par Claire Keim, Francis Huster et Natacha Lindinger. À la dernière minute, la direction de la première chaîne a tout de même sabré quelques scènes qui auraient pu choquer le public familial visé, peu enclin à déconseiller sa saga aux moins de 12 ans.

Résultat : comme un bon vieux Canada Dry – qui avait la couleur de l’alcool, le goût de l’alcool mais qui n’était pas de l’alcool –, Le Maître du Zodiaque,en se parant des oripeaux de la série américaine, nous en offre une vague parodie presque aussi drôle qu’embarrassante. Et ça commence dès la séquence d’introduction de la série. Celle qui nous donne à voir la nouvelle vie d’Esther.

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Rendez-vous donc à New York et ses sempiternelles et néanmoins rassurantes vues aériennes de la statue de la Liberté et de gratte-ciel. C’est sur cette petite balade touristique que la voix d’Esther, grave, nous résume la situation. « Aujourd’hui, j’ai refait ma vie à New York et, étrangement, après avoir été la cible d’un tueur, je collabore avec le FBI à des enquêtes criminelles. » « Étrangement ». En un seul mot, le scénario évacue donc toute interrogation sur cette curieuse collaboration. Personne, en effet, ne viendra nous expliquer sur quels critères Esther a pu intégrer la célèbre agence américaine. Peu importe. On sent bien que tout ceci n’est qu’un prétexte pour faire prendre du galon à notre héroïne désormais aguerrie aux méthodes musclées du FBI.

La caméra nous invite alors dans le bruyant open space de l’agence. Esther, boucles toujours aussi blondes, tailleur anthracite, gage de sérieux et de rigueur, est au travail devant son ordinateur. Quand elle est interpellée par son patron – qui s’adresse à elle dans la langue de Shakespeare. Si la production ne prend même pas la peine de sous-titrer cet échange, on comprend qu’une série de trois meurtres vient d’être résolue dans la région de Baltimore. Et grâce à qui ? Grâce à notre bonne vielle Esther qui a mis toutes ses compétences en branle pour boucler cette enquête. Mais pas n’importe quelles compétences… car figurez-vous que si cette jeune maman de 29 ans collabore avec le FBI, c’est en tant qu’experte en… astrologie ! Ben oui, quelques épisodes à courir après le Zodiaque, ça vous en apprend pas mal en matière de signes et de décans.

Sagittaire ou Capricorne, telle est la question !

Pour l’heure en tout cas, notre Madame Soleil ne cache pas sa joie : « Je le savais, j’étais sûre que c’était un Sagittaire », s’écrit-elle dans un petit excès d’arrogance. Ne riez pas : le sujet semble sérieux. Visiblement, sans Esther, le FBI allait droit dans le mur. « J’étais persuadé que c’était un Capricorne », argumente, tout penaud, son boss, qui visiblement n’a pas bachoté son petit Élizabeth Teissier illustré. « C’mon, attractive, charming, arrogant… c’est Sagittaire ça, désolé Richard », se permet d’ajouter l’outrecuidante petite Française en manipulant, tout sourire, sa souris. Gros plan sur son écran et sur ce qui a tout l’air d’un logiciel extrêmement pointu en matière d’astrologie. On y voit une moitié de zodiaque et des données, certainement sensibles, sur le Sagittaire, écrites en anglais. Le plan est furtif mais après un arrêt sur image, on réalise encore mieux combien le travail d’Esther est essentiel au FBI.

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Dans le coin de l’écran, un paragraphe de quelques lignes nous livre quelques informations qui sont censées avoir permis l’arrestation du meurtrier en question. On y apprend notamment que les Sagittaires sont des « amants joyeux », qu’« ils aiment essayer de nouvelles choses », que « leur soif de connaissance est souvent étanchée par la conversation directe au lit, un moyen de combiner deux de ses plaisirs préférés ». Capital ! Une question s’imoose : mais que serait le FBI sans un hors-série astro de Femme actuelle ?

Avec cette introduction vite faite mal faite, les scénaristes du Maître du Zodiaque n’ont pas apporté beaucoup de crédibilité à cette pauvre Esther. La pauvrette mettra tout de même cinq épisodes pour découvrir que le tueur n’est autre qu’Eva Trammel (coucou Sharon…), la petite fille avec qui elle avait été échangée à l’âge de trois ans… Tout simplement ! Reste que l’on ne connaîtra jamais le signe zodiacal de l’horrible tueuse. Passez-nous immédiatement le FBI !


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