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Waterloo : les os des morts utilisés pour fabriquer du sucre ?

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Plus de deux siècles après la bataille, une mission archéologique dirigée par des chercheurs britanniques a mis au jour mi-juillet de nouveaux ossements humains sur le site de Waterloo, en Belgique, une découverte qualifiée d’« incroyablement rare ». Les historiens estiment que plus de 20 000 soldats ont été tués à Waterloo, à 20 kilomètres au sud de Bruxelles, durant la seule journée du 18 juin 1815, quand les troupes alliées, principalement anglo-néerlandaises, placées sous l’autorité du duc de Wellington, ont repoussé les bataillons napoléoniens. Il s’agit de l’une des pires confrontations armées de l’Histoire, qui a mis fin aux rêves de grand empire de Bonaparte. Il y a également eu plusieurs dizaines de milliers de blessés.

Malgré l’ampleur du massacre, ce type de trouvaille est rare, les ossements ne sont pas légion. Cette rareté pourrait s’expliquer grâce aux découvertes de deux historiens belge et allemand accompagnés d’un archéologue britannique, dont la RTBF se fait l’écho. Les chercheurs révèlent que, dans les années qui suivirent la bataille, les paysans des environs de Waterloo ont massivement déterré les cadavres des soldats tombés au combat afin de les revendre, et c’est là toute la surprise de la découverte, à l’industrie du sucre.

Le rôle des os dans l’extraction du sucre

Si un chimiste allemand est parvenu, pour la première fois, à extraire du sucre de la betterave dès 1747, il faudra attendre 1811 pour assister à la première extraction industrielle par un chimiste français. Ironie de l’Histoire, c’est Napoléon Ier qui, privé par la marine britannique du sucre de canne des Antilles, a fortement encouragé les recherches pour développer le sucre de betterave.

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Comme l’explique la RTBF, les os des soldats de Waterloo pouvaient ainsi être utilisés lors du processus de clarification du sucre : cuits dans des fours, ils deviennent une poudre appelée « noir animal » qui permet de filtrer le sirop de sucre (en théorie, seuls des os provenant de squelettes d’animaux sont utilisés). L’historien belge Bernard Wilkin explique : « Vers 1820, du côté de Waterloo, la betterave supplante le froment. L’industrie sucrière s’installe, avec des fours à ossements. La valeur marchande des os – théoriquement d’animaux – s’envole. Cette valeur ne peut pas laisser indifférents les paysans du coin, souvent désargentés, qui savent très bien où se trouvent les charniers de la bataille. »

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Des témoignages écrits de l’époque confirment l’existence de cette pratique, certains évoquant un trafic « d’os putrides » formellement interdit mais qui pouvait rapporter gros. L’historien évoque des « centaines de milliers de francs de l’époque, plusieurs fois ce qu’un ouvrier peut gagner dans une vie ».


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