Ce soir ?

Comment les randonneurs géolocalisent les troupeaux pour éviter les patous

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En montagne, mieux vaut planifier sa sortie. Avant de se lancer dans une randonnée, on s’équipe, on consulte la météo, on reconnaît le parcours et, désormais, on repère l’emplacement des troupeaux. « Les touristes ont la hantise de croiser les chiens de protection qui suivent les brebis en estive », explique Bertrand Selosse, médiateur pastoral à Allos, commune des Alpes-de-Haute-Provence.

Sa mission, depuis 2018, consiste à pacifier les relations entre les touristes et les bergers… et leurs chiens de protection. « De plus en plus de gens m’appelaient pour savoir où se trouvaient les troupeaux afin de les éviter », raconte-t-il.

Un collier sur les meneuses

En effet, chaque année, les rencontres entre les chiens de protection – patous ou bergers d’Anatolie – et les touristes, pas toujours fins connaisseurs de la montagne, déclenchent des incidents. En 2021, le Centre d’études et de réalisations pastorales Alpes-Méditerranée (Cerpam) a comptabilisé 15 morsures sur des chiens de compagnie, 24 « pincements » et 31 morsures sur personne dans les 8 départements des Alpes du Sud (Var, Alpes-Maritimes, Hautes-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence, Isère, Drôme, Savoie, Haute-Savoie).

Dans son alpage, Bertrand Selosse a donc imaginé une application qui permettrait aux touristes de repérer, quasiment en temps réel, l’emplacement des troupeaux. Il en a parlé à la communauté de communes Alpes-Provence-Verdon (CCAPV) à laquelle Allos, qui l’emploie, appartient. Ainsi est né le site Pastorando testé pour la première fois cette année.

Accessible sans téléchargement, depuis le navigateur Internet de son téléphone mobile, cette cartographie permet de géolocaliser les troupeaux « grâce à un collier porté par des brebis meneuses », explique Morvan Menou, chargé de mission à la CCAPV. Les troupeaux sont localisés automatiquement toutes les heures et matérialisés par des cercles sur la carte. La position de l’utilisateur de Pastorando est simulée par un marqueur rouge. Le site donne aussi des informations sur la conduite à tenir en cas de rencontre avec les chiens de protection et permet de signaler au médiateur pastoral les incidents qui pourraient survenir.

« Les gens ne demandaient que ça »

Les brebis meneuses – deux par troupeau – sont évidemment équipées avec l’accord des éleveurs qui, eux aussi, ont tout intérêt à ce que les conflits d’usage en montagne s’atténuent. Car, constate Bertrand Selosse, « dans nos alpages, la principale préoccupation des bergers n’est plus la prédation des loups mais la cohabitation avec les touristes ».

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« Les problèmes apparaissent entre juin et octobre, quand les 13 troupeaux, soit 10 000 brebis, sont en estive autour d’Allos avec les chiens de protection indispensables et l’arrivée massive de touristes », résume Maurice Laugier, président de la CCAPV. Les élus, confrontés aux conflits d’usage à répétition, se devaient « de trouver une solution ».

Entre mi-juillet et mi-août, 1 600 visiteurs uniques ont consulté Pastorando. Déjà, Maurice Laugier reçoit des demandes d’extension de la zone cartographiée aux vallées voisines. « Les gens ne demandaient que ça », se félicite Bertrand Selosse. « C’est un outil important, mais il faut que chacun continue à se parler, résume Maurice Laugier. Les touristes doivent comprendre le pastoralisme et apprendre les bons gestes face aux chiens et les éleveurs doivent accepter que la montagne reste accessible à tous. »


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