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Sécheresse et agriculture : et si la France s’inspirait de l’Afrique ?

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Ce vendredi 19 août, lors de sa déambulation au milieu des stands au Congrès international d’horticulture à Angers, le ministre de l’Agriculture a essentiellement été interpellé sur la problématique de l’eau. À l’heure des restrictions imposées dans de nombreux départements, comment les professionnels de la terre font-ils pour subvenir aux besoins de leurs cultures ? « Il faut travailler à la fois sur les modifications des pratiques et chercher des variétés plus économes en eau », répond Marc Fresneau, lequel présidera ce lundi un comité spécial sur la sécheresse.

Puisque ce rendez-vous dans le Maine-et-Loire avait, par définition, une portée mondiale, peut-être le ministre y a-t-il puisé, pour affiner sa réflexion, quelques idées déjà éprouvées dans certaines régions du globe confrontées aux fortes chaleurs ? « Que nous puissions nous inspirer des techniques à l’œuvre dans des pays qui savent ce qu’est la rareté de l’eau et les sécheresses durables, oui. Après, on ne va pas calquer les modèles ! Ce ne sont pas les mêmes modèles climatiques ni les mêmes modèles agricoles », a-t-il répondu à ce sujet.

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Rester sur des cultures locales

C’est peut-être là que le bât blesse au fond. Car à l’heure du changement climatique, l’Afrique, entre autres, aurait sans doute quelques leçons à donner au Nord en matière de « modèle », précisément. Et pour cause, sur le Continent noir, on a depuis longtemps appris à composer avec une pluviométrie famélique. Comment ? « En s’adaptant aux conditions pour faire ce qu’il est possible de faire. Quand on n’a pas assez d’eau, on ne va pas favoriser la culture du riz mais d’autres céréales, explique Moctar Fall, dirigeant Afrique de l’ISHS [International Society for Horticultural Sciences]. Ici, on a su rester sur des cultures traditionnelles, sur des espèces locales. Certes, c’est peut-être parce qu’on n’a pas le choix, mais c’est un modèle pertinent, et c’est un enseignement à tirer. »

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Un enseignement qui exige de sortir de la course au productivisme. Pas simple, dans un marché globalisé, et pourtant le climat vient en rappeler la nécessité. « Au Sénégal, on est producteur-exportateur pour l’Europe de melons, tomates cerises ou haricots, or ce ne sont pas des espèces de chez nous, continue Moctar Fall. Quand arrivent ces phénomènes climatiques, on ne peut plus produire, alors que nos variétés traditionnelles, elles, pourraient bien se développer. Devrions-nous continuer d’exporter des melons et des tomates cerises, ou ne serait-il pas plus pertinent qu’en France, pendant l’hiver, les consommateurs mangent autre chose ? Il faut revenir vers ce que chaque zone a de mieux à offrir. »

Perte de technique

Pas question pour autant de cultiver son pré carré chacun chez soi, mais nourrir une planète de plus en plus peuplée de façon raisonnée, est-ce toutefois possible ? « C’est compatible, mais ça implique une forme d’humilité de la part de nos sociétés, tranche Ludovic Temple, chercheur au Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) de Montpellier. Certains peuples autochtones ont gardé un savoir-faire vis-à-vis des écosystèmes que nous, ici, avons perdu avec la technification. Et en Afrique, les populations ont acquis depuis longtemps la capacité à s’adapter au changement climatique, car elles sont dans l’innovation frugale, c’est-à-dire basée sur une précarité des ressources. »

À l’université de Lomé (Togo) dans laquelle il enseigne l’écologie, Pierre Radji a d’ailleurs face à lui des étudiants qui ont toujours grandi avec le souci, vital, d’économiser au maximum. Une préoccupation plutôt nouvelle dans nos contrées. « La France a fait fi des réalités, de ce que les climatologues et les scientifiques ont prédit, pour continuer à avancer comme si la nature était toujours là, à satisfaire nos besoins. Or elle n’est pas inépuisable ! Quoi qu’on dise, l’avenir de nos États se trouve dans la terre, pas dans sa destruction, mais dans son exploitation rationnelle. Je le répète à mes élèves : pas besoin d’exporter avant d’avoir répondu aux besoins localement. Ils le comprennent et quand ils se lancent avec cette logique, ils parviennent à en vivre ! »

Un modèle à suivre ?


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