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Les bijoux de Paris – Anna Hu, compositrice de joaillerie

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L’esprit a trois clefs qui ouvrent tout : le chiffre, la lettre, la note. Savoir, penser, rêver. Tout est là, disait Victor Hugo. La Taïwanaise Anna Hu possède visiblement ces trois clefs qui, chose étonnante, semblent ouvrir plusieurs portes. Il faut dire qu’avant d’éblouir la Tefaf (The European Fine Art Fair) ou d’enregistrer des records aux enchères chez Christie’s ou Sotheby’s avec ses pièces uniques aux accents naturalistes, la créatrice de haute joaillerie était violoncelliste classique de très haut niveau. Elle avait remporté plusieurs concours et joué avec Yo-Yo Ma tout en poursuivant ses études à la Walnut Hill School for the Arts de Boston. Une blessure a mis fin à sa carrière de musicienne.

Mais le rythme continue de scander son œuvre joaillière. « Mon professeur m’a appris que chaque note de musique a une couleur correspondante : D-Flat mineur par exemple est lavande. » Il faut donc regarder les collections d’Anna Hu comme on déchiffre une partition : en ayant à l’esprit le flux et le reflux des pulsations, en admirant le caractère symphonique de leurs compositions, en constatant également la discipline de fer que sous-tendent leurs exécutions.

Le chiffre, la lettre, la note

Au Bristol, les trente-cinq créations présentées début juillet par celle qui se définit comme une compositrice de joaillerie interpellent par leur facture parisienne. On apprend effectivement que tout est réalisé dans les meilleurs ateliers de la capitale. La facture mais aussi le goût. Les entrelacs sont au service du réalisme. Comme si la créatrice chinoise reprenait, en les enrichissant par les possibilités offertes par le titane, les interrogations de la joaillerie naturaliste française avant l’avènement de l’Art déco et du brutalisme qui ont stoppé net la primauté séculaire de l’ornement et des circonvolutions.

Cette hypothèse est confirmée par l’admiration portée par la musicienne pour les dessins récemment découverts par elle de Pierre-Joseph Redouté. Pour rappel, c’est à ce peintre que l’impératrice Joséphine avait confié le soin de référencer les espèces des jardins de Malmaison. Ses croquis sont visibles au sein de l’exposition « Végétal » organisée par Chaumet, la plus botaniste des maisons parisiennes, aux Beaux-Arts de Paris.

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Les pierres et les couleurs déployées par ces 35 créations attestent en revanche une recherche personnelle irriguée par une grande diversité d’influences. La broche Boldini Bow, sur laquelle fleurit un nuancier de rose porté par des spinelles et des saphirs, doit son nom au peintre qui a si bien capturé la société de la Belle Époque. Les bagues Skylight, couronnées chacune d’un diamant vert, s’inspirent du musée Guggenheim et de son dôme scintillant. Les boucles d’oreilles Peacock concilient l’évocation de la Pavane, op. 50 de Gabriel Fauré et les représentations du paon animées par le pinceau du peintre japonais Okamoto Shuki. La broche Églantine Da Vinci cristallise une esquisse de Léonard de Vinci. Et toujours, en filigrane, la musique : boucles d’oreilles Ellington, broche violoncelle en jade, bracelet manchette Allegro, bracelet Metamorphosis qui traduit les 12 variations proposées par Mozart de la comptine « Ah ! vous dirai-je, maman » en mélodies de gemmes colorées.

Parmi les pierres remarquables figure notamment une rubellite de 265,96 carats (le plus grand spécimen connu au monde) : on apprend à cette occasion qu’il s’agissait de la pierre préférée de l’impératrice douairière Cixi, de la dynastie Qing. Et enfin, trois diamants exceptionnels – dont un diamant brun clair de 35,40 carats taille marquise et un diamant blanc taille cœur de 55 carats, fournis par la discrète mais réputée maison londonienne Moussaieff.

Quelques jours avant cette présentation, Anna Hu recevait ses amis rue de Rivoli au musée des Arts décoratifs pour une cérémonie : la créatrice avait fait don à la galerie des bijoux du musée de l’ornement de main qu’elle avait créé pour Cindy Sherman il y a 10 ans. Un moment important. À l’instar de ses compatriotes Wallace Chan, qui présente régulièrement ses collections à la Biennale des antiquaires de Paris, ou encore Cindy Chao, nommée en novembre dernier chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres, Anna Hu sait que les collectionneurs chinois achètent plus volontiers les créations chinoises lorsqu’elles bénéficient d’une reconnaissance internationale, qui passe encore et toujours, quoi qu’en disent les esprits chagrins, par Paris.

www.annahu.com

Anna Hu Haute Joaillerie

Hôtel Ritz Paris, 15, place Vendôme, 75001 Paris

(33) 01 45 33 62 02

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