Ce soir ?

La France en déclin, vraiment ?

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Et si c’était lui, le véritable tube de l’été ? Il ne s’agit ni de « Clap Your Hands » du Français Kungs ni même de « Bam Bam » interprété par le duo Camila Cabello-Ed Sheeran. Ce tube, en réalité, n’a rien de musical. C’est plutôt un triste refrain, diffusé dans les journaux télévisés et dans les matinales radio. Il est d’ailleurs possible d’en consulter les paroles dans la presse écrite. Celles-ci, sur un rythme décadent, disent en résumé que la France perd son leadership sur des domaines qui faisaient autrefois sa fierté.

Il est vrai que les mauvaises nouvelles, en plus des feux de forêt et des vagues de chaleur, ont embrasé l’actualité estivale. Parmi elles, la France a notamment perdu son titre de championne d’Europe des exportations nettes d’électricité au premier semestre 2022, selon un rapport de l’analyste de données énergétiques EnAppSys paru le 10 août. La Suède et l’Allemagne dominent désormais le classement.

Ce « dramatique » revirement, décrypte la structure britannique, s’explique par des « problèmes structurels avec son parc nucléaire ». En plus de l’arrêt de certaines centrales en raison des fortes chaleurs, le parc fait face à des problèmes de corrosion. À l’heure actuelle, 12 des 56 réacteurs sont à l’arrêt pour maintenance. Ces travaux plombent les perspectives d’approvisionnement du pays en énergie cet hiver, dans un contexte de raréfaction des exportations de gaz russe vers l’Europe.

Déclin agricole

Autre coup porté à l’orgueil national : le déclin agricole, et en particulier la production de viande bovine. En cinq ans, le cheptel a perdu 650 000 têtes, dont 388 000 vaches à viande. Certes, la France possède toujours le premier troupeau européen, avec 17 millions de bêtes produisant de la viande et du lait. Problème, le pays pourrait perdre jusqu’à un million de vaches supplémentaires d’ici à 2030, selon les calculs de l’Institut de l’élevage. L’organisme observe qu’il y a de moins en moins d’éleveurs en France, et donc moins de charolaises, blondes d’Aquitaine et autres limousines…

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La rentabilité des élevages est mise en cause. Nombre d’éleveurs subissent des pertes d’exploitation, ce qui pourrait décourager la jeune génération à prendre la relève. Les spécialistes redoutent que les restaurateurs et les distributeurs finissent par se fournir ailleurs. Pas en Europe, où le phénomène semble global, mais au Brésil et en Nouvelle-Zélande. Car si l’offre de viande baisse, la demande, quant à elle, est soutenue par le marché du burger.

Grandeur fantasmée

Ces revers énergétiques et agricoles risquent de conforter les déclinistes pour qui la France s’effondre. Déjà, en septembre 2021, 62 % des Français considéraient que la France était en déclin, selon un sondage réalisé par l’institut CSA pour CNews. Ce sentiment de déclassement, mélangé à la nostalgie d’une grandeur perdue, est un thème récurrent en Hexagone. Il y est commun d’évoquer les gloires du royaume et de l’empire français sous Louis XIV et Napoléon. Certes, la France a vécu des périodes fastueuses en ce temps-là. Mais l’étaient-elles autant qu’on le croit ?

La thèse du déclin résulte d’une vision fantasmée de la grandeur française d’antan.Laurent Giovachini, essayiste

En politique, les dirigeants aiment aussi convoquer l’héroïque figure du général de Gaulle pour qui « la France ne peut être la France sans la grandeur ». Dans les colonnes du Figaro, Laurent Giovachini rappelle que « de Gaulle a permis aux Français, par sa vision, sa posture et son culot, de “voyager en première classe avec un billet de seconde” ». L’auteur de l’essai Les Nouveaux Chemins de la croissance (éditions Dunod, 2021) estime que la thèse du déclin résulte d’une « vision fantasmée de la grandeur française d’antan ».

Rayonnement enviable

Au-delà de toutes considérations historiques, la France jouit en 2022 d’un rayonnement très enviable. Ce sont les études qui le disent. Selon le Fonds monétaire international, elle est la septième puissance économique du monde. Une jolie performance pour un pays qui pèse moins de 1 % de la population mondiale. La France est aussi la sixième puissance commerciale, d’après un classement de l’Organisation mondiale du commerce. Côté innovation, la France se classe cinquième, selon l’Office européen des brevets. Sur le plan militaire, elle possède le sixième budget consacré à la défense.

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D’autres indicateurs confirment un certain leadership tricolore. Même si les inégalités ne reculent pas assez vite, la France est le septième pays de l’OCDE où les femmes ont le plus de chances d’accéder à des postes à responsabilités (Parlement, conseils d’administration, cadre dirigeant), selon un classement de l’hebdomadaire britannique The Economist.

Sur le volet environnemental, la France ne cesse de réduire ses émissions de dioxyde de carbone. Chaque Français envoie dans l’atmosphère 4,2 tonnes de CO2 par an, contre 9,9 en 1979. Il est vrai que le parc nucléaire français et la désindustrialisation du pays expliquent pour beaucoup ces résultats encourageants, les émissions générées par les produits importés n’étant pas prises en compte. Pour autant, et malgré tous les procès médiatiques en inaction climatique, la France est la 6e des économies du G20 à polluer le moins. Qui en fera un tube ?


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