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40 raisons d’aimer « Le Père Noël est une ordure »

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« Je n’aime pas dire du mal des gens, mais c’est vrai que c’est un bon film. » En 1982, en plein milieu de l’été, sort Le Père Noël est une ordure, l’adaptation de la pièce de théâtre éponyme. Au fil des rediffusions, le film acquiert le statut de culte et traverse les générations, qui récitent à l’envi chaque dialogue du film (selon Thierry Lhermitte, aucune phrase n’est « normale »).

Pour fêter comme il se doit cet anniversaire un peu particulier, voici 40 raisons de (re)voir et (re)découvrir ces 90 minutes de « film catastrophe, mais humain ; sale, mais drôle », comme le qualifiait à l’époque Gérard Jugnot, le légendaire Félix. Un défouloir, méchant mais pas bête, qui n’a pas pris une ride.

1. Pour ces phrases que l’on emploie en famille, au boulot (ça dépend avec qui) ou dans la cour de récré : « C’est c’la, oui… » ; « XX n’est pas moche, XX n’a pas un physique facile » ; « ça dépend, ça dépasse »…

2. Pour le numéro d’acteur de tous les membres du Splendid. On les connaissait comme rois du café-théâtre, les voici comédiens dans des rôles de composition : Clavier est bluffant en travesti dépressif (et peu courageux), Chazel en femme battue et enceinte sous emprise, Jugnot en homme raté, Lhermitte en bon samaritain odieux… Ils ne sont plus ces soixante-huitards qui jouent leur époque (Les Bronzés), mais des acteurs à part entière, façonnés par Tsilla Chelton, promis à une belle carrière.

3. Pour sa vulgarité (énormément de gros mots), mais enrobée de dialogues ciselés et inspirés.

4. Pour sa critique des pauvres : ici, pas de bons sentiments. Si les employés de SOS Détresse amitié sont des « ordures », les pauvres sont épouvantables. Félix et Zézette, deux miséreux sociaux, ne sortent pas grandis de ce huis clos. L’une est demeurée, l’autre est violent.

5. Pour le costume de Thierry Lhermitte, parfaitement assorti au canapé.

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6. Pour faire découvrir aux nouvelles générations le légendaire jeu Simon, qui avec ses touches multicolores a bercé la vie ludique de milliers d’enfants des années 1980 (et fait patienter Mme Musquin une bonne heure dans son ascenseur).

7. Parce que c’est « fin, ça se mange sans faim ».

8. Pour ce slow endiablé entre Pierre et Katia avec comme bande-son « Destinée », de Guy Marchand, génie incompris du music-hall. Cette chanson sirupeuse, parodie des tubes de crooner, a réussi l’exploit d’être présente dans un autre film culte, sortie la même année : Les Sous-doués en vacances.

9. Quoi de neuf ? Toujours la moitié de 18.

10. Car c’est un vrai film et non une pièce de théâtre filmée. Jean-Marie Poiré a exigé des scènes supplémentaires, notamment en extérieur, un appartement géant et a rajouté de nombreux seconds rôles. Il a également fait changer la fin du film (quel zoo !). Seul défaut à cette réécriture, le flou autour de la relation entre Katia (Jean-Jacques, en réalité) et Thérèse. Dans la pièce, on apprend qu’ils étaient mariés. « C’est c’la, oui… »

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11. Pour avoir créé un dress-code pour sortir les poubelles.

12. Bien que tourné en été et sorti en été, on ne peut déplorer que Katia soit « blanche comme un bidet ».

13. Parce que « quand on aime le doubitchou, on aime le kloug aux marrons ».

14. Pour Jacques François, irrésistible en pharmacien en retard pour son réveillon chez Castel.

15. Pour cette critique visionnaire de Georges-Marc Benamou, sorti le 26 août 1982 dans LeQuotidien de Paris. « Remplaçant les comédies grasses des années 1950-1960, vous savez, ce genre de théâtre de boulevard porté à l’écran, il continue, conforté dans cette imposture par certains qui les persuadent qu’ils ont du talent. Mais oui… Mais oui… »

16. Pour le rôle court mais bref de Martin Lamotte. Heureusement, trois ans plus tard, Poiré-Clavier récidiveront, avec lui, pour Papy fait de la résistance. Il explosera dans un double rôle hilarant et plein de malice.

17. « Allô, la police ? »

18. Pour cette blague à consommer sans modération (il n’a pas pu venir) : « Vous m’avez dépeint cette soirée Dandy’s avec brio » – « Avec qui ? »

19. Car Félix appelle Zézette « Chouchou ». Le Père Noël a finalement inventé Un gars, une fille.

20. Pour ce conseil déco, malin, « made in Zézette » : « Monsieur Pierre, je voudrais garder les coquilles d’huîtres, c’est pour faire des cendriers. »

21. Pour Thérèse, première victime de #BalanceTonPorc.

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22. Parce que Josiane Balasko est remarquable en bourgeoise qui doit partir en réveillon à Créteil, mais reste classe (et digne) bloquée dans son ascenseur. Et puis son « Vous en étiez à peau de couilles » est dit avec une telle grâce qu’on ne peut que l’adorer.

23. Pour la performance de Bruno Moynot, le membre du Splendid le moins connu. Ses apparitions dans Les Bronzés et Les Bronzés font du ski étaient sporadiques (pas de nom dans le premier, le présentateur météo dans le second). Il explose ici dans le rôle de ce très collant M. Preskovic, le voisin bulgare fin gastronome. Un personnage culte joué parfaitement par un homme discret, mais fidèle.

24. Pour cette critique du mercantilisme de Noël et la morale qui y est associée : les jouets sont de la camelote et les cadeaux gênent tout le monde.

25. Pour Gérard Jugnot dans l’un de ses meilleurs rôles (avec Adolfo Ramirez de Papy fait de la résistance). L’acteur est brillant en Père Noël violent, feignant et assisté. Il se dégage une puissance comique irrésistible portée par un physique passe-partout.

26. Car le film est original. Pas mal copié, jamais égalé. « Pas mal de films sont sortis dans lesquels les scénaristes n’ont retenu que les freaks, c’est-à-dire les personnages marginaux du film, en supprimant le couple bien-pensant qui reçoit, offre des cadeaux et se fait sadiser par les autres. Or le film n’était pas là pour choquer mais pour faire se rencontrer des personnages qui n’ont rien à voir les uns avec les autres. Si on en fait un film destiné à choquer ou ne pas choquer, lié à une morale ou au politiquement correct, ce n’est pas très intéressant », nous expliquait Christian Clavier en juin 2021.

27. « Vous êtes marié ? Vous ne vous êtes jamais disputés, vous ? » « – Oui, mais jamais à coups de fer à souder. » « – Ben, c’est parce que vous n’êtes pas bricoleur ! » (Félix à Pierre).

28. Parce que le film va permettre la rencontre artistique entre Jean-Marie Poiré et Christian Clavier. Ils écriront et tourneront huit autres films ensemble. L’un des duos les plus prolifiques du cinéma français.

29. Pour pouvoir envoyer par texto à un ami chaque 25 décembre : « Joyeux Noël, Félix ! »

30. Pour cette violente critique de la bureaucratie française, qui raisonne quatre décennies plus tard : « Eh ben voilà, eh ben ça c’est tout la sécu. Ils vous donnent un numéro, ça rentre pas dans les cases. »

31. Parce que ce film, très incorrect pour l’époque, l’est encore plus aujourd’hui. Et les vigies woke (ou censeurs) ne se sont pas encore occupées du procès de ce long-métrage où l’on se moque des pauvres (quelle horreur), où on livre une femme enceinte à son mari violent, où l’on fustige les « vices » d’un inverti (Katia) et où l’on renvoie à ses origines un voisin beaucoup trop généreux. Profitons-en, ça ne durera pas.

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32. Pour ces blagues en arrière-plan des scènes : « Je ne suis pas une papeterie, on est prié d’amener son stylo » ; « Un coup d’éponge sur le combiné, c’est vite fait… et ça fait plaisir… Surtout en cas de grippe ! » On a beau (croire) le connaître par cœur, chaque visionnage fait apparaître une situation cocasse ou un jeu de mots (comme La Cité de la peur, dans le même genre).

33. Pour l’espoir de voir, pourquoi pas, une suite. Si Les Bronzés 3 n’est pas la catastrophe qu’on a longtemps voulu présenter – il existe des scènes hilarantes, notamment le coming-out du fils de Bernard et Nathalie –, retrouver les héros 40 ans après pourrait nous offrir une belle comédie. Comment résister à l’envie d’avoir des nouvelles de Katia, épanouie dans une société « gender-fluid », ou découvrir le visage de l’enfant de Félix et Zézette ?

34. Pour Anémone, qui signe sans doute sa plus belle composition. Thérèse est cul-cul la praline, un peu bébête, mais sans doute la moins méchante de la bande (la preuve, elle finit le doubitchou, car « c’est offert de bon cœur »).

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35. Pour la douche la plus érotique du cinéma français.

36. Pour ce cri du cœur (ou d’ailleurs) : « Vous êtes myope des yeux, myope du cœur et myope du cul ! »

37. Pour son côté fédérateur : rarement un film n’a traversé autant de générations. Avec les films de Louis de Funès ou Les Visiteurs, Le Père Noël réunit l’ensemble de la famille derrière le petit écran et perpétue l’esprit français. Attention tout de même aux enfants : au-delà des gros mots, la légende du Père Noël y est sacrément écornée.

38. Pour ce conseil à tous les célibataires de plus de 30 ans : « Chaque pot a son couvercle. »

39. Pour Thierry Lhermitte, le clown blanc du film. Chaque phrase de Pierre Mortez fait mouche et alterne entre le ridicule, le vulgaire, le sublime, le mépris, la méchanceté. Personnage bien-pensant avant l’heure, mais mal agissant, il est l’archétype du salaud qu’on aime.

40. Pour avoir inventé, finalement, le seul film français de Noël indémodable.


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