Ce soir ?

À Martigues, une affaire de corruption fait tanguer la municipalité

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« Adel Baha et Patricia Baptiste viennent de sortir de détention provisoire et sont placés sous contrôle judiciaire », a confirmé cette semaine au Point le procureur de Marseille. Adel Baha et Patricia Baptiste sont deux employés de la Semivim, la société d’économie mixte présidée par Gaby Charroux, le maire de Martigues (Bouches-du-Rhône) qui gère les HLM de la ville. Ils ont été mis en examen et placés en détention provisoire en décembre dernier. Ils ont fait tomber le ciel sur la tête de la municipalité de gauche de Martigues.

Il faut dire que dans cette affaire, deux adjoints au maire, Linda Bouchicha (déléguée à l’aménagement urbain, habitat et politique de la ville) et Mehdi Khouani, administrateur de la Semivim, ont été mis en examen, comme Corinne Dupont, directrice de la société, ainsi que huit autres personnes dont des chefs d’entreprise, soupçonnés de corruption active et passive.

En conséquence, la coalition de gauche à la mairie tangue sérieusement. Le maire, Gaby Charroux, n’a a priori rien à voir avec cette affaire de corruption. Mais certains élus lui reprochent de n’avoir pas réagi à temps. De multiples cas de « souffrance au travail » d’employés de la Semivim, indices qu’il se passait quelque chose de louche, lui auraient pourtant été signalés. Quatre élus EELV et un élu LFI ont purement et simplement démissionné du conseil municipal, Frédéric Grimaud, proche de LFI, siège désormais dans l’opposition. Trois des suivants de liste qui devaient remplacer les démissionnaires ont refusé de siéger. Il manque à l’heure actuelle deux conseillers municipaux et trois élus supplémentaires qui ne se rendent plus aux réunions du conseil municipal…

Cocaïne et HLM

Le plus rocambolesque de l’histoire, c’est que cette affaire de corruption présumée a des origines lointaines, qui viennent des États-Unis, d’Italie, et concernent un énorme trafic de cocaïne.

Tout commence, comme l’ont révélé Blast et Libération, en février 2020, quand les policiers américains avertissent leurs collègues italiens de la présence d’une grosse quantité de drogue dans un cargo. La police transalpine échange les 3,3 tonnes de cocaïne (d’une valeur de 230 millions d’euros) dans le bateau sans que les malfaiteurs ne s’en aperçoivent et place des balises dans les ballots. Ceux-ci arrivent dans une villa de Saint-Mitre-les-Remparts, près de Martigues, où la police française arrête un chef d’entreprise local, Alexandre Coulot. L’homme a de nombreux contacts avec Adel Baha.

Ce dernier nie farouchement avoir quelque rapport avec le trafic de cocaïne, mais révèle lors de son audition, comme pour s’en dédouaner, qu’il participe à une vaste opération de corruption. Sa compagne, Patricia Baptiste, en tant que directrice du patrimoine de la Semivim, participait (sans voix délibérative) aux commissions d’appels d’offres. Adel Baha, lui-même employé dans cette société, aurait donc transmis aux chefs d’entreprise des informations confidentielles leur permettant de remporter les marchés, moyennant une commission généralement de 10 %. La police enquête aussi sur des travaux facturés… mais peut-être pas réalisés. Au total, plusieurs millions d’euros auraient ainsi été détournés. Comme quoi, une enquête sur la cocaïne peut déboucher sur bien des choses…


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