Ce soir ?

À Blois, Olivier Faure célèbre la Nupes

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Les caméras sont sommées de rester à l’extérieur de la Halle aux grains. L’équipe d’organisation de l’université du Parti socialiste de Blois veut qu’elles soient dirigées vers l’avenue, là où arriveront bientôt Olivier Faure et toute sa troupe. L’image doit être réussie : il faut que le premier secrétaire apparaisse entouré de ses alliés de la Nupes, comme un symbole d’une union en marche.

Il est un peu plus de 11 heures, samedi matin, et les nouveaux amis de la Nupes arrivent en un petit groupe serré sous les arbres de l’avenue Maunoury : Olivier Faure, donc, derrière lui Yannick Jadot et le communiste Frédéric Boccara, à ses côtés quelques élus socialistes comme Boris Vallaud et Jérôme Guedj, et bien entendu les représentants de Jean-Luc Mélenchon, Alexis Corbière et Clémentine Autain. La troupe s’arrête devant les caméras, on sourit aux objectifs, on salue les camarades, Olivier Faure prononce quelques mots et ce petit monde s’en va dans l’amphithéâtre de la Halle aux grains pour se féliciter, devant une salle comble et applaudissante, de la réussite de leur accord.

Un mariage contesté

Quelques heures plus tôt, dans une jolie salle voûtée de la mairie de Blois avec vue sur la Loire, Olivier Faure l’a bien rappelé aux journalistes conviés à un petit-déjeuner : l’accord noué pour les législatives avec LFI a porté ses fruits, et le patron du PS entend le renforcer. Il s’emporte presque quand on – c’est-à-dire ses opposants internes ou les anciens tels François Hollande – conteste ce mariage, certes plus de raison que d’amour. « Les Insoumis n’avaient pas tous prévu de passer un accord avec les socialistes, qui sont les frères ennemis. Il est logique que l’affrontement laisse des traces, et que le débat au sein du parti en laisse aussi. Mais la page doit être tournée. Le juge de paix, c’est l’électeur. Il a sèchement battu les dissidents [de la Nupes, NDLR]. La question n’est pas de savoir comment on sort de l’accord, mais comment on le rend plus fort, en l’élargissant. » 

Dans la Nupes, je trouve que l’affirmation de notre identité n’est pas assez forte.Carole Delga

Carole Delga était présente à Blois. La présidente de l’Occitanie, soutien de dissidents à l’accord lors des législatives, était là parce qu’elle préside le réseau d’élus de gauche, la Fnesr. Mais elle a tenu à expliquer, une fois encore, son attitude vis-à-vis de la Nupes. « Je suis pour l’union de la gauche, je l’ai faite dans ma région, précise-t-elle à l’étage d’un café de Blois, autour d’une grande table où sont assis une dizaine de journalistes. Je n’ai jamais dit qu’il était hors de question de parler et de travailler avec LFI. Mais j’ai dit que l’accord n’était pas assez clair, et qu’il était très défavorable au PS », souligne la présidente PS de l’Occitanie en sirotant un Perrier.

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Elle regrette, aussi, que le socialisme s’efface devant les positions radicales des Insoumis : « Dans la Nupes, je trouve que l’affirmation de notre identité n’est pas assez forte. » Carole Delga ne part pourtant pas en guerre contre Olivier Faure. À Blois, elle a travaillé avec le premier secrétaire pour arrêter le programme de la Fnesr, et s’est montrée à ses côtés devant les militants. « Vous ne me ferez pas monter sur une estrade avec quelqu’un auprès duquel je ne veux pas être », confie-t-elle, bravache.

Les opposants du premier secrétaire en embuscade

Les rivaux déclarés d’Olivier Faure s’agitent plus discrètement. Jean-Christophe Cambadélis est de ceux-là. L’ex-premier secrétaire du PS, certain que son parti s’est « marginalisé », juge que la Nupes est « mort-née ». Il s’en explique à une terrasse proche de la Halle aux grains : « La Nupes n’a pas atteint son objectif, puisqu’elle a perdu aux législatives. » « Camba » estime que l’avenir est forcément sombre pour l’accord entre le PS, LFI, le PCF et EELV : les votes de chaque groupe parlementaire seront, dit-il, divergents lors des prochaines lois d’importance, comme celle sur les retraites, et les élections européennes de 2024 sonneront le glas définitif de l’alliance. Jean-Christophe Cambadélis estime qu’il y aura soit des listes de chaque parti, parce que les divisions sur les questions européennes seront trop grandes, soit la Nupes parviendra à présenter une seule liste mais, dans ce cas, « il y aura une liste de la gauche européenne ».

Olivier Faure ne ferme aucune porte pour les élections européennes. Le premier secrétaire attend de discuter avec ses partenaires. « Soit nous parvenons à dépasser nos divergences, et il y aura une liste commune », soit il y aura des listes indépendantes. 

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La question de l’alliance avec les Insoumis sera au cœur du prochain congrès, qui se déroulera sans doute en début d’année prochaine. Au PS, on a du mal à retenir ses coups. Hélène Geoffroy, la maire de Vaulx-en-Velin, est déjà sur les rangs pour battre le premier secrétaire. À Blois, elle a rappelé qu’elle défendra un texte d’orientation. Elle entend redonner au PS une « place centrale », abîmée à ses yeux par l’accord de la Nupes. « Il faut que le parti se remette au travail, je le dis depuis deux ans », ajoute-t-elle.

La maire de Vaulx-en-Velin peut compter sur Cambadélis, qui travaille pour elle. « Le prochain congrès sera stratégique. La question à trancher, c’est de savoir si on est condamnés, au vu du rapport de force, à être subordonnés à LFI », analyse « Camba », qui s’y connaît, lui l’ancien trotskyste, en rapport de force. Même le très conciliant sénateur Patrick Kanner reconnaît que la Nupes n’a pas été une totale réussite : « Elle n’a pas créé de dynamique électorale. Le congrès doit donc être le moment où il faut réaffirmer la place du PS. » Le patron des sénateurs socialistes en profite pour glisser que, dans un sondage du JDD, Jean-Luc Mélenchon apparaît comme l’un des personnages les plus antipathiques aux yeux des Français…

Le retour des « éléphants »

Olivier Faure regarde ses opposants s’agiter. De son ton placide, le premier secrétaire passe à l’offensive en vue du congrès. Il tire à vue, visant ceux qu’il nomme les éléphants et parmi lesquels on reconnaît, entre autres, François Hollande et Stéphane Le Foll. « Certains veulent organiser un combat d’arrière-garde lors du congrès. Je ne suis pas sûr que les militants rêvent de voir revenir ceux qui ont dirigé le parti pendant trente ou quarante ans. Ils veulent tourner la page. »

La Nupes n’est pas une prison.Olivier Faure

Faure peut compter sur la neutralité de Carole Delga. La présidente de l’Occitanie l’a affirmé à Blois : « Je ne suis pas candidate pour remplacer Olivier Faure. » Elle entend toutefois alimenter la réflexion socialiste, en organisant notamment une journée de travail le 25 septembre à Bram, dans l’Aude. La présidente de l’Occitanie restera vigilante. Si un accord est trouvé au sein de la Nupes pour une liste commune aux européennes mais que la désobéissance aux traités européens y figure, elle s’y opposera : « Ce sera sans moi », dit-elle avec le sourire qui la quitte rarement.

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À Blois, Olivier Faure a aussi voulu calmer le jeu. « La Nupes n’est pas une prison ni une espèce de carcan, dit-il le samedi matin à quelques journalistes. Il n’y a pas de soumission aux Insoumis. Nous gardons notre liberté de vote. » Quelques heures plus tôt, d’ailleurs, il a proposé à ses partenaires un référendum d’initiative citoyenne contre les super-profits. Les Insoumis ne semblent pas avoir été contrariés par cette proposition.

Samedi en fin de journée, alors que le soleil se couche sur Blois, Olivier Faure tient une nouvelle fois à mettre en scène cette bonne entente. À la fin du discours prononcé par le patron du PS, au cours duquel il fait applaudir la Nupes, l’Insoumise Clémentine Autain grimpe la dernière sur le podium dressé devant la Halle aux grains. Elle se place à côté d’Olivier Faure pour chanter la Marseillaise et Bella Ciao. Là encore, les caméras ont été invitées à prendre place au pied du podium pour capter la belle image.


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