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Climat et libertés publiques : le double enjeu 

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Cet hiver, nous avons eu quelques jours de grand froid, moins que d’habitude, il est vrai. Cet été a été particulièrement chaud et sec. Ne remettant en cause ni le dérèglement climatique ni la nécessité de s’en préoccuper, nous ne pouvons qu’être surpris que, concernant l’impact de l’homme sur le réchauffement et la relation entre climat et météo, la peur et la culpabilisation remplacent la raison.

Si les mesures systématiques de température à l’échelle du continent européen datent du milieu du XIXe siècle, si la météorologie n’a sérieusement été étudiée et comparée que dans les décennies suivantes, on dispose de nombreux moyens de connaître l’histoire du climat. On renvoie ici aux travaux et à la bibliographie d’Emmanuel Le Roy Ladurie, notamment sa formidable Histoire humaine et comparée du climat, parue chez Fayard en 2006.

Une sécheresse importante dès le XIIe siècle en Europe

On y apprend que, quatre siècles avant Jésus-Christ, les Grecs réfléchissaient déjà à ces questions et que cela n’a pas cessé depuis, tant les activités humaines en avaient besoin, de la culture des champs à la navigation maritime et à l’aviation. L’historien dispose d’une documentation importante, y compris avec des séries de données, pour mieux replacer les événements météorologiques dans un contexte plus large, et même séculaire.

Ainsi, on sait que l’Est européen connut une formidable sécheresse puis une intense chaleur au milieu du XIIe siècle et qu’alors, le Rhin se traversait à pied ; qu’un siècle et demi plus tard, deux récoltes successives furent brûlées par le soleil en France ; qu’au début du XIVe siècle, les principaux fleuves de l’ouest du continent, y compris le Rhin et la Seine, étaient quasiment à sec ; qu’à la fin du même siècle, les récoltes furent à nouveau détruites par une chaleur excessive, sur deux années consécutives ; qu’entre 1538 et 1541, il plut si peu que les fleuves s’asséchèrent à nouveau ; que quinze ans plus tard, la sécheresse fut générale en Europe ; etc.

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Le record semble appartenir à l’année 1718 où nous restâmes six mois sans aucune pluie et qu’à l’été, il fit 45 degrés Celsius à Paris (ou 36° Réaumur de l’époque). Et encore, on repère dans la documentation publique et privée des canicules en 1723, 1726, 1746, 1748, 1754, 1760, 1767, 1778 et 1788. Et ça recommence en 1810, 1811, 1818, 1830, 1832, 1835, 1850. Arrêtons-nous là : il a fait souvent très chaud par le passé, parfois plus que cette année. L’épisode européen de 2022 n’est probablement pas le plus accablant que l’Humanité ait connu. Ce qui inquiète, à juste titre, c’est la succession de ces épisodes.

Entendons-nous à nouveau (car il faut se répéter pour tenter d’éloigner les anathèmes) : nul ne peut nier le dérèglement climatique – dont d’ailleurs Le Roy Ladurie est convaincu, et nous avec lui. Notre objet est d’essayer de comprendre pourquoi des inexactitudes aussi criantes doivent être considérées comme des vérités presque sacrées. L’ignorance et le désintérêt pour la profondeur intellectuelle et historique des faits n’expliquent pas tout. Pas plus que les paresses médiatiques et politiques. Il y a bien longtemps que nos illusions sur ce point sont mortes. Ce qui est en cause ici est l’infantilisation des sociétés. Le dérèglement est le monstre qui, quoi qu’on fasse, se cache derrière la porte et doit absolument nous empêcher de dormir.

La peur et ses diktats

Désarmés devant la perte de civisme et de sens collectif, se rendant compte (mais un peu tard) qu’ils récoltent les fruits amers de l’infantilisation, les gouvernements n’ont plus qu’une solution pour convaincre les masses : une systémique politique de la peur (on devrait dire des peurs, car il y en a d’autres en stock). La génération actuelle est payée pour le savoir. Et dès que l’homme a réussi à en juguler une, on en trouve vite une autre pour la remplacer. Avec celle du dérèglement climatique, on a trouvé la peur par excellence, la peur de long terme, la peur vitale pour des générations entières. C’est une peur en or qui permet tout et qui, un jour ou l’autre, aura des conséquences sur les libertés individuelles.

On croyait autrefois à la science et au génie de l’homme. Et on doit dire que cette croyance et les efforts de l’humanité ont fait progresser l’espèce de façon incroyable, en la mettant à l’abri de bien des périls. Contourner et dompter la nature étaient des buts des sociétés, des savants, des politiques et des simples citoyens. L’ambition est aujourd’hui exclusivement de se soumettre à ses diktats, sans plus jamais ruser avec elle.

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Pour certains, comme les Verts et les ONG les plus diverses, c’est même devenu une obligation, quitte à sacrifier tous les progrès humains (et les humains avec) sans quoi, comme dit Mme Rousseau pour le jet-ski de M. Macron, on est un « criminel ». Pour ces doctrinaires, lutter contre le dérèglement va de pair avec la stigmatisation, l’accusation et, demain, la condamnation. Comment vivrons-nous avec ce totalitarisme qui ne se cache même plus, une fois résolue la question du réchauffement, si tant est qu’elle puisse l’être ?

Voici posé le vrai double défi des démocrates et des libéraux : comment lutter à la fois contre le dérèglement et pour les libertés individuelles.

*Historien, professeur à l’Institut catholique de Vendée.


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