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Crise en Irak : vives tensions dans la « Zone Verte » à Bagdad

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Douze personnes ont été tuées par balle dans la Zone Verte de Bagdad en plein chaos après un nouveau coup d’éclat du leader chiite Moqtada Sadr, qui a annoncé son « retrait définitif » de la politique en Irak, désormais sous couvre-feu. L’Irak, dans l’impasse politique depuis les législatives d’octobre 2021, ne cesse de s’enfoncer dans la crise. Lundi 29 août, la situation a brutalement dégénéré dans la capitale et des centaines de partisans de Moqtada Sadr ont envahi le palais de la République où siège le Conseil des ministres, ont constaté des journalistes de l’Agence France Presse.

Alors que les sadristes investissaient les bureaux, s’installant dans des fauteuils, sautant dans la piscine ou prenant des selfies, les forces de l’ordre tentaient de disperser d’autres manifestants à coups de grenades lacrymogènes aux entrées de la Zone Verte, qui abrite les sièges des institutions et l’ambassade américaine, a affirmé une source de sécurité à l’AFP. Douze partisans de Moqtada Sadr ont été tués par balle et 270 autres blessés, ont indiqué des sources médicales à l’AFP, sans plus de précisions sur les circonstances. Certains blessés ont reçu des tirs, d’autres ont inhalé du gaz lacrymogène. Selon une source sécuritaire, des obus ont également été tirés vers la « Zone Verte ».

Des témoins ont fait état à l’AFP d’échanges de tirs entre sadristes et partisans du Cadre de coordination, rival pro-Iran du camp de Moqtada Sadr, aux entrées de la Zone Verte. L’armée a décrété un couvre-feu national qui est entré en vigueur à 16H00 GMT, et les forces de l’ordre ont quadrillé la capitale. La Maison Blanche a jugé la situation « inquiétante » et a appelé au calme et au dialogue. La mission de l’ONU en Irak, dont le siège se trouve dans la Zone Verte, a appelé toutes les parties à la « retenue maximale ».

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Chaos dans plusieurs régions

Dans la soirée le couvre-feu semblait respecté à Bagdad. Les rues d’ordinaire animées étaient vides de toute voiture ou de tout passant. Mais le chaos a gagné d’autres régions irakiennes : dans la province de Zi Qar (sud), des sadristes ont envahi le siège du gouvernorat et pénétré dans d’autres bâtiments officiels à Nassiriyah, selon un journaliste de l’AFP. Le siège du gouvernorat de Babylone (centre), dans la ville de Hilla, a également été occupé par des partisans de Moqtada Sadr, ont indiqué des témoins à l’AFP. Plusieurs routes reliant Hilla à Bagdad et à d’autres provinces du sud ont par ailleurs été coupées.

Depuis près d’un an, les barons de la politique ne parviennent pas à s’accorder sur le nom d’un nouveau Premier ministre. L’Irak n’a donc ni nouveau gouvernement ni nouveau président depuis les législatives. Pour sortir de la crise, Moqtada Sadr et le Cadre de coordination s’accordent sur un point : il faut un nouveau scrutin anticipé. Mais si Moqtada Sadr insiste pour dissoudre le Parlement avant tout, ses rivaux veulent d’abord nommer un gouvernement.

Dans la soirée, le Cadre de coordination a condamné l’« attaque contre les institutions de l’État », tout en appelant les sadristes au « dialogue ». Moqtada Sadr, aussi influent qu’imprévisible, n’a cessé de faire monter les enchères ces dernières semaines. Depuis un mois, ses partisans campent aux abords du Parlement et ont même bloqué brièvement l’accès à la plus haute instance judiciaire du pays.

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Un retrait « définitif », vraiment ?

Lundi, dans un nouveau rebondissement, il a annoncé son « retrait définitif » de la politique et la fermeture d’institutions liées à sa famille. Le leader chiite est très influent, son aura religieuse et politique porte dans une partie de la communauté chiite, majoritaire en Irak. Arrivé premier aux législatives avec 73 sièges (sur 329) mais, incapable de former une majorité, il avait fait démissionner ses députés en juin, affirmant vouloir « réformer » de fond en comble le système et en finir avec la « corruption ».

Pour Hamzeh Hadad, chercheur invité au Conseil européen pour les relations internationales (ECFR), son annonce de retrait de la politique « n’est pas très claire ». « Dans la tradition sadriste, on peut s’attendre à ce qu’il fasse marche arrière », dit-il à l’AFP. Mais, « et c’est plus terrifiant, on peut penser qu’il donne à ses partisans le feu vert pour faire ce qu’ils veulent, en disant qu’il ne répond plus de leurs actions ».

Samedi, Moqtada Sadr avait donné « 72 heures » à « tous les partis » en place depuis la chute de Saddam Hussein en 2003 – dont le sien – pour renoncer aux postes gouvernementaux qu’ils détiennent et laisser « place aux réformes ». Jusqu’ici, les prises de bec entre les sadristes et le Cadre de coordination n’avaient pas dégénéré en violences. Le Hachd al-Chaabi, d’anciens paramilitaires alliés à Téhéran et intégrés aux forces irakiennes, s’était toutefois dit prêt à « défendre les institutions étatiques ». Moqtada Sadr, né en 1974, n’a jamais lui-même gouverné. Il a connu une ascension fulgurante après l’invasion de l’Irak, emmenée par les Etats-Unis en 2003, notamment en créant l’Armée du Mehdi, une milice « résistante » face à l’occupant.


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