Ce soir ?

« La guerre en Ukraine a été un basculement dans le traitement de l’info »

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Depuis le début de la guerre en Ukraine, LCI a bouleversé sa grille des programmes pour proposer de suivre dans les moindres détails ce conflit. La chaîne du groupe TF1 a eu le nez creux : distancée par BFMTV et CNews, elle a grignoté un peu de son retard. Mieux, elle a fait parler d’elle grâce à des coups éditoriaux en interviewant des personnalités russes, d’anciens espions ou même Olena Zelenska, l’épouse du président ukrainien. Pas étonnant, donc, que LCI mise sur l’international et confie dès le 29 septembre une émission quotidienne à Julien Arnaud. Le joker de Gilles Bouleau au 20 Heures de TF1 nous en dit plus.

Le Point : À peine les remplacements de Gilles Bouleau terminés, vous voici (déjà) sur LCI à la tête d’un nouveau programme. C’était court les vacances…

Julien Arnaud : Et encore, la semaine passée n’a pas vraiment été des vacances (rires). Il faut que je change de costume : enlever celui du 20 Heures et enfiler celui de LCI. Il y a une période de transition : ce n’est pas le même traitement, la même façon de parler aux gens, la même écriture. Sur TF1, on s’intéresse à des sujets très grand public avec une démarche la plus large possible ; sur LCI, notre public connaît mieux l’actualité. Je dois m’adapter à la connaissance de mes téléspectateurs. Les deux exercices sont très stimulants et cela permet d’éviter la routine.

Quelle sera cette nouvelle émission ?

Elle s’intitulera Un œil sur le monde. C’est une façon d’être assez clair dans la promesse que l’on veut tenir : parler de géopolitique, de politique internationale et des questions de défense. L’Ukraine nous a montré que les téléspectateurs de LCI ont une appétence accrue pour l’actualité internationale. C’était déjà le cas lors des grands événements : on avait dépassé le million de téléspectateurs lors de l’investiture de Joe Biden. Nous étions sciés par l’audience. Nous allons décrypter avec des cartes, des reportages et des experts : Grégoire de Saint-Quentin, Pierre Servan, Laurence Haïm ou Didier François. Le tout avec un œil éditorialisé. Nous ne voulons pas d’eau tiède, mais plutôt des points de vue tranchés.

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Naguère, l’international était cantonné à une pastille dans des programmes plus généralistes. Il était impensable d’y consacrer une émission entière…

Aujourd’hui, l’international passionne. Ça nous a surpris. On avait tendance à croire que l’international était un sujet repoussoir pour le grand public, trop exigeant, mais pas assez intéressant. Ce n’est pas un sujet facile, car les Français pensent que cela les concerne moins. C’est à nous de montrer à quel point cela est important dans notre vie quotidienne. Sur la guerre en Ukraine, par exemple, on le voit tous les jours. Je pense même que la guerre en l’Ukraine a été un basculement dans le traitement des infos du monde à la télévision.

J’entends dire depuis vingt ans que l’affaissement des audiences du “20 Heures” est inéluctable. Résultat ? Nous avons fait le meilleur été depuis 2011.

On sent que LCI a complètement basculé dans le traitement de l’international, quitte à délaisser la politique.

Oui, cela a été un vrai parti pris. On a vu que suivre et décrypter cette guerre – qui nous a tous sidérés – intéressait les gens qui nous regardaient. La hausse d’audience a été spectaculaire. Cela a été très stimulant pour la rédaction, beaucoup d’équipes sont parties en Ukraine, même des journalistes qui étaient en plateau. Alors qu’en ce qui concerne la politique, on a l’impression d’être arrivé au bout de quelque chose. Je dois avouer que je suis content de changer de support, le niveau en politique n’est pas très élevé. On passe notre temps à parler de polémiques, à commenter ou à donner du sens à des idioties diffusées sur les réseaux sociaux. Mais que l’on se rassure, la politique reviendra, ce sont des cycles.

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Comment explique-t-on la forme du 20 Heures de TF1 qui a battu des records cet été ?

Le 20 Heures reste une référence. J’entends dire depuis vingt ans que l’affaissement des audiences du 20 Heures est inéluctable. Résultat ? Nous avons fait le meilleur été depuis 2011 [près de 5 millions de téléspectateurs et 30 % de parts de marché, NDLR]. Quand les grands événements arrivent – que ce soit cet été les incendies en France, la tempête en Corse ou l’attaque contre Rushdie –, le marqueur et la référence restent le 20 Heures. Plus que jamais, les téléspectateurs savent que les meilleures images et les informations précises seront diffusées. Et ils savent que si on met un sujet dans le JT de 20 heures, c’est que c’est vraiment important.

Qui plus est, on sent que c’est le dernier endroit, avec la presse écrite, où la confiance avec le téléspectateur n’est pas totalement rompue.

Oui, peut-être, mais on est aussi challengé par ces questions-là. C’est un travail tout au long de l’année. Il faut être précis, ne rien laisser passer et décider de ne pas diffuser une info, si on n’est pas sûr. Et puis le 20 Heures demeure le programme d’info que l’on regarde entre plusieurs générations. C’est un moment d’échange et partage.


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