Ce soir ?

Les étonnants voyages de « Mélen-Che »

Written by admin


Certains partent en randonnée ou bronzent sur la plage. L’été, Jean-Luc Mélenchon voyage pour travailler. L’ex-candidat à la présidentielle, « en retrait, pas en retraite », a passé deux semaines de la mi-juillet à la fin août au Mexique, au Honduras puis en Colombie. Il y a rencontré les chefs d’État de ces pays, nouvellement élus et bien entendu tous animés par la fibre révolutionnaire. C’est le cas d’Andrés Manuel López Obrador (Mexique), Xiomara Castro (Honduras) et Gustavo Petro (Colombie).

Ils sont, pour Mélenchon, source d’inspiration. En Colombie, notamment, les comités de quartier assurent, écrit-il, la « résistance populaire » qui ont permis l’arrivée au pouvoir de Petro, premier chef d’État de gauche de ce pays. « Je pense ainsi affûter l’observation de ces détails que j’ai appris à connaître avec le temps et qui m’en disent long souvent sur la situation profonde d’une société. Inclus la nôtre », écrit sur son blog Mélenchon, tout en verve révolutionnaire. Beaucoup plus, en tout cas, que lorsqu’il s’agit d’évoquer la tentative d’assassinat dont a été victime Salman Rushdie, au sujet de laquelle Mélenchon n’a pas eu un mot, ni écrit ni oral.

À LIRE AUSSIChristine Clerc – Buen Viaje, señor Mélenchon !

3 tonnes de CO2 rejetées

Le leader des Insoumis aime ces voyages latino-américains. En 2011 puis l’an dernier, il avait déjà pris l’avion pour « s’imprégner », comme il le dit, des situations politiques locales. Mélenchon, là-bas, est une star, une sorte de « Mélen-Che » à la sauce hexagonale. Mais l’ardent défenseur de la « bifurcation écologique », qu’il sait si bien défendre sur les estrades françaises, ne semble pas s’embarrasser de ces considérations lorsqu’il s’agit de voyager au long cours en avion. « Comment y aller autrement ? » s’interroge-t-il rapidement, et entre parenthèses, sur son blog. En volant de Paris à Mexico puis au Honduras et en Colombie avant de revenir à Paris, Mélenchon a pourtant contracté une belle dette à l’encontre du climat. Les quatre vols (au moins) qu’il a dû emprunter ont entraîné, selon le calculateur du site Carbonfootprint, le rejet de 3 tonnes de CO2 dans l’atmosphère, voire plus. On ne compte pas les trajets qu’il a réalisés au sein même des pays, comme le voyage vers Santa Marta, la ville natale de Gabriel Garcia Marquez, sur la côte atlantique de la Colombie, à plus de 600 kilomètres de Bogota.

Il faudra qu’il arrête de manger de la viande ensuite !Sandrine Rousseau

Nulle part sur son blog, Jean-Luc Mélenchon n’évoque une initiative visant à compenser les tonnes de CO2 émises par ses voyages. Interrogée sur ce point, son équipe n’a pas non plus répondu. Ses alliés écolos grincent un peu des dents. « Il faudra qu’il arrête de manger de la viande ensuite ! » note Sandrine Rousseau. La députée EELV de Paris ne condamne toutefois pas l’ex-candidat à l’Élysée. « La société écologiste n’est pas non plus parfaite, dit-elle comme pour l’exonérer. On ne va pas arrêter d’un coup ce genre de visite. Mais il faut qu’il fasse son bilan carbone de l’année, et qu’il le compense. »

Sa consœur Sandra Regol est un peu gênée aux entournures, ne connaissant pas « les tenants et les aboutissants du voyage ». « D’après ce que j’ai compris, observe la députée EELV du Bas-Rhin, il a optimisé son voyage en concentrant les trajets sur quelques jours. Je pense qu’il compense aussi ses dépenses en carbone. Mais il est évident que personne, chez les écologistes, ne ferait ce genre de voyage. Ce n’est ni dans notre logique ni dans notre façon de travailler. »

C’est pourtant simple. Le site Carbonfootprint propose des systèmes de compensation. Si l’on considère que Jean-Luc Mélenchon a émis, au cours de ses trajets en avion, quelque 3 tonnes de CO2 (le seul aller-retour Paris-Mexico équivaut à 2,6 tonnes de CO2 rejettées dans l’atmosphère), il peut les compenser en investissant, au choix, 71 euros dans un programme de plantation d’arbres au Royaume-Uni ou 58 euros dédiés à la reforestation au Kenya ; s’il veut donner moins, il peut se contenter de 32 euros placés dans une sorte de portefeuille d’actions, sans affectation particulière. Une somme qui n’aurait rien de révolutionnaire.

À LIRE AUSSIRushdie : en 30 ans, comment la droite et la gauche ont basculé


Leave a Comment