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« Les Anneaux de pouvoir » fait-elle honneur au « Seigneur des anneaux » ?

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Depuis 2017, date à laquelle Amazon a annoncé avoir acquis, pour 250 millions de dollars, les droits du Seigneur des anneaux et du Hobbit, les fans de Tolkien sont sur des charbons ardents… voire sur la défensive. L’attente aura duré cinq ans. Les deux premiers épisodes des Anneaux de pouvoir seront accessibles sur Amazon Prime dès ce vendredi matin. Les six autres seront égrenés un par un chaque semaine. L’occasion de voir si les 450 millions de dollars déboursés par la plateforme de Jeff Bezos pour la seule première saison ont bien été utilisés. Difficile de s’emballer après le visionnage de seulement deux épisodes, mais, oui, le pari semble bel et bien avoir été relevé avec brio. La série prend des airs de blockbuster télé et ratisse large, les non-fans en priorité.

Pour tous ceux qui se sentiraient un peu perdus en Terre du Milieu, rappelons que Les Anneaux de pouvoir est un préquel du Seigneur des anneaux. Il se déroule dans ce que Tolkien avait baptisé le Deuxième Âge, soit plusieurs millénaires auparavant. Une période seulement évoquée dans les annexes du Seigneur des anneaux contenant une chronologie des événements précédents, ainsi que dans des poèmes et des récits jalonnant les romans.

Un écueil à première vue mais qui a permis en réalité aux deux jeunes showrunners, J. D. Payne et Patrick McKay, de laisser vagabonder (un peu) leur imagination pour recoller les morceaux en donnant naissance, notamment, à nombre de nouveaux personnages. Mais toujours, évidemment, sous le contrôle du Tolkien Estate (qui gère les droits de l’œuvre de l’écrivain). D’où la présence au générique de Simon Tolkien, petit-fils de l’auteur comme consultant, droit de veto en main.

Quelque part entre adaptation et fanfiction, Les Anneaux de pouvoir cible deux publics bien distincts : une communauté de fans toujours prêts à manifester une déception que l’on pourrait qualifier de quasi naturelle et un plus large public à séduire dans les plus brefs délais, histoire de ne pas le voir fuir vers la concurrence, et en l’occurrence vers House of the Dragon, spin-off de Game of Thrones, autre événement télé de cette fin d’été, sorti le 21 août et suivi par 20 millions de curieux.

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Du Peter Jackson sans Peter Jackson

Un champ baigné de lumière. Une petite elfe qui court le long d’une rivière. Elle s’appelle Galadriel, n’a encore que quelques années, et elle a fabriqué de ses mains (très) agiles un petit navire en papier qui se déploie majestueusement en naviguant. Mais une bande de gamins vient détruire sa création, suscitant chez elle un mélange de colère et d’incompréhension. Elle en tire une première leçon délivrée par son frère adoré : « Au départ, rien n’est maléfique. »

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Dès les toutes premières images du premier épisode, impossible de ne pas reconnaître l’univers de Tolkien, tel qu’on l’a imaginé, mais surtout tel que Peter Jackson lui avait donné vie dans sa trilogie lancée il y a, déjà, vingt-deux ans. C’est d’ailleurs sûrement l’un des atouts de cette série : faire du Peter Jackson mais sans Peter Jackson, ce dernier n’ayant absolument pas été intégré au projet. Au programme, donc, des paysages grandioses, des visions oniriques et quelques moments féeriques, frisant parfois la mièvrerie et le bon sentiment, un peu comme si Laura Ingalls débarquait chez les Hobbits.

Après tout, pourquoi les équipes d’Amazon auraient-elles fait abstraction d’un succès commercial aussi pharaonique que celui de la trilogie du Seigneur des anneaux (près de 3 milliards de dollars de recettes) couronnée en son temps de dix-sept oscars ? Et ce n’est un secret pour personne, l’équipe a même fait appel à des collaborateurs du metteur en scène qui avaient travaillé sur sa deuxième trilogie tirée du Hobbit. Mais, cette fois, c’est l’Espagnol J. A. Bayona (à qui l’on doit notamment L’Orphelinat ou le dispensable Jurassic World : Fallen Kingdom), qui est aux commandes.

22 personnages récurrents

Vous pouvez donc oublier Frodon, Bilbo, Aragorn et les autres. Ce n’est pas un hasard si une grande partie du premier épisode se concentre essentiellement sur un personnage déjà connu du grand public, l’elfe Galadriel, portée ici par la jeune actrice galloise d’origine suédoise, Morfydd Clark, qui succède dans le rôle à Cate Blanchett… mais plus de 4 000 ans auparavant. « Bien sûr qu’elle m’a inspirée et que je me suis servie de ce qu’elle avait créé à l’époque, reconnaît la jeune comédienne. Mais je devais lui donner l’arrogance de ceux qui pensent tout savoir et qui commettent des erreurs. »

Dès le départ, elle est au centre des intrigues. La pauvrette est la seule à rester convaincue que le serviteur du Mal, Sauron, s’apprête à frapper, après des années de silence. Même Elrond (Robert Aramayo reprend le rôle tenu chez Peter Jackson par Hugo Weaving) n’accorde aucun crédit à sa théorie. Les téléspectateurs font aussi très vite faire connaissance avec les Piévelus, lointains ancêtres des Hobbits menés par l’attachante Nori (Markella Kavenagh) aux prises avec un étrange voyageur (ne manquez pas son extraordinaire arrivée !), les turbulents nains à la mauvaise foi légendaire et leur drolatique couple princier et les habitants de la lugubre île de Numenor.

Autant de personnages et d’univers variés (et quelque peu complexes) que le premier épisode prend le temps d’exposer. Ce qui explique sa lenteur, son léger manque de souffle et ses quelques scènes bavardes, même si le scénario propose déjà de jolis moments de bravoure peuplés de créatures monstrueuses à nous mettre sous la rétine. Dès le deuxième épisode d’ailleurs, une fois présentée une grande partie des vingt-deux personnages récurrents, la série prend de l’ampleur proposant un savant mélange d’action (nouveaux monstres à la clé), de rebondissements et même de comédie, le tout dans une quête esthétique évidente qui semble sous-tendre l’ensemble du projet.

Pas de têtes d’affiche

Car, oui, on peut aisément le dire, l’argent placé dans ce gigantesque mastodonte télé se voit à l’écran. La première saison a coûté à elle seule 465 millions de dollars et l’ensemble des cinq saisons prévues devrait faire monter la facture à 1 milliard de dollars. Du jamais-vu à la télé ! En comparaison, la première saison de House Of The Dragon a bénéficié d’un budget de 200 millions dollars. Des sommes colossales que la productrice Lindsey Weber relativise un peu : « Comparé à certains longs-métrages, c’est vraiment une bonne affaire. »

Le résultat à l’écran se révèle souvent bluffant. Les acteurs eux-mêmes reconnaissent en chœur avoir eu l’impression de participer à un film de cinéma tant les moyens déployés étaient gigantesques. Même constat du côté des effets spéciaux (le fond vert est en train de vivre ses dernières heures), mais aussi des décors (certaines scènes sont vraiment tournées en milieu naturel en Nouvelle-Zélande) ou encore des costumes dont la productrice rappelle qu’ils ont été faits à la main.

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Au casting, en revanche, pas de têtes d’affiche, il ne faut pas trop tirer sur les cordons de la bourse. Les premiers rôles ont tous été confiés à des quasi-inconnus. Si Morfydd Clark semble encore un peu souffrir sous le poids de l’armure de la légendaire Galadriel, d’autres acteurs tirent déjà leur épingle du jeu. Comme Nazanin Boniadi (dans le rôle de la guérisseuse Bronwyn à qui le scénario offre une scène musclée particulièrement réussie dans le deuxième épisode) ou Megan Richards (Poppy, la meilleure amie de Nori), dont le talent a convaincu Patrick McKay d’étoffer son personnage au fur et à mesure des saisons.

Impossible de passer à côté de la solaire Sophia Nomvete. La comédienne sud-africaine ne cache pas sa fierté d’incarner la première naine noire de l’univers de Tolkien. Même si les fans ont déjà manifesté leur colère de ne pas voir la princesse Disa porter la barbe, comme c’est le cas dans les romans, la comédienne préfère balayer cette mini-polémique et se concentrer sur ce qui lui semble primordial : « Disa est loyale, droite, elle est folle amoureuse de son mari et elle est toujours du côté du peuple. C’est aussi une dure à cuire et, ça, ça me plaît ! Je suis surtout fière de voir que l’on confie aujourd’hui un rôle aussi fort et intéressant que l’on n’aurait jamais proposé il y a encore peu de temps à une femme noire. »

La revanche des femmes

Le message est clair : Les Anneaux de pouvoir coche toutes les cases en termes de « politiquement correct ». « C’est une série qui épouse son époque et s’en veut aussi le reflet », insiste la comédienne Sara Zwangobani qui incarne Marygold Brandyfoot, de la tribu des Piévelus, un personnage absent des livres de Tolkien. Un constat évident, les rôles féminins sont beaucoup plus nombreux et plus développés que dans les romans, permettant aussi de rafraîchir l’univers testostéroné de Tolkien. Ce qui n’est pas pour déplaire à Morfydd Clark qui se réjouit d’avoir pu suivre un entraînement intense : « Pour jouer Galadriel, j’ai fait de l’escalade, de la nage, j’ai appris à monter à cheval, j’ai dû me familiariser avec des techniques de combat… Des préparations qui jusqu’ici étaient réservées aux acteurs ! »

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Reste à savoir maintenant si cette nouvelle mouture va trouver son public. Pas sûr que les fans de la première heure trouvent complètement leur compte dans cette adaptation finalement assez libre. Mais le public familial pourrait bien peser dans la balance des audiences, la série ayant fait une quasi totale impasse sur la violence gratuite et, en tout cas, sur les scènes gores, plutôt estampillées House Of The Dragon. Amazon joue gros pour se faire une place en ligue 1 des plateformes !


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