Ce soir ?

Boris Johnson prépare sa (future) nouvelle vie

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Le vainqueur de la course au leadership du Parti conservateur et au poste de Premier ministre doit être annoncé le 5 septembre à l’issue du dépouillement des suffrages des 160 000 militants de la droite appelés à désigner le futur chef du gouvernement. Selon les sondages, la secrétaire au Foreign Office, Liz Truss, est donnée gagnante face à son challengeur, l’ex-ministre des Finances, Rishi Sunak. Alors que le nouvel occupant du 10 Downing Street doit prendre ses fonctions le 6 septembre après avoir été reçu par la reine à Balmoral (Écosse), la question est désormais sur toutes les lèvres : que va faire Boris Johnson ?

Depuis la rébellion de ministres et de parlementaire au début juillet, qui lui a coûté son poste de chef des torys, et dès lors de Premier ministre, Boris Johnson a utilisé les deux mois qui lui restaient au Number Ten pour défendre son bilan à la tête du pays. Mener à bien le Brexit, barrer la route au gauchiste travailliste Jeremy Corbyn grâce à son triomphe électoral du 12 décembre 2019, réussir la campagne de vaccination et soutenir militairement l’Ukraine… À l’écouter, telles ont été ses grandes réalisations menées tambour battant pendant trois ans.

Aucun candidat à sa succession n’a son flair, son charisme et sa diablerie, qui faisaient de lui un leader irrésistible.

Pour ses supporteurs très nombreux au sein des activistes torys, il ne lui manque plus qu’un vitrail et une auréole. Tout en étant critique de sa politique économique marquée par une forte augmentation des impôts et des dépenses publiques, le quotidien économique Financial Times lui tresse des guirlandes sans épines : « Son style de gouvernement était unique dans la politique britannique. Aucun candidat à sa succession n’a son flair, son charisme et sa diablerie, qui faisaient de lui un leader irrésistible. »

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En revanche, ses détracteurs ont beau jeu de souligner que Johnson a été incapable de réaliser ses grands chantiers, à l’instar de la lutte contre le réchauffement climatique, la réduction des inégalités entre le nord et le sud du royaume, la défense de l’unité nationale ou l’établissement d’une nouvelle relation harmonieuse avec l’Union européenne. Il laisse à son successeur un pays en pleine dépression face au spectre de la plus grave récession économique depuis quatre décennies. Surtout, comme l’indique l’un de ses ennemis jurés, l’ancien ministre du Développement régional, Rory Stewart : « Le Premier ministre a été un désastre en raison des déficiences de son caractère, de son absence totale de moralité et de ses manquements à l’éthique la plus élémentaire. »

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Après son départ, Johnson devrait suivre l’exemple de ses prédécesseurs. L’ancien journaliste du Daily Telegraph doté d’une belle plume va recevoir une avance colossale pour écrire ses Mémoires, de l’ordre de 5 millions de livres (5,78 milliards d’euros). En outre, il va pouvoir terminer sa biographie de Shakespeare qui est assurée d’être un succès commercial. Aussi, comme l’indique un agent londonien : « Boris est à lui seul une marque forte connue dans le monde entier, une célébrité et un acteur né qui va être très demandé pour donner des conférences hautement rémunérées. »

La question de l’argent

Il est cependant peu probable que Johnson-le-Magnifique suive l’exemple de Tony Blair, de John Major ou de David Cameron en se lançant dans le conseil aux gouvernements et aux entreprises. Le premier est aujourd’hui exécré pour ses liens avec les autocrates de tous bords. Le deuxième a été critiqué pour avoir présidé le mystérieux groupe de capital investissement américain Carlisle. Quant au troisième, il a été au cœur de l’affaire Greensill Capital, retentissant scandale de conflits d’intérêts et de lobbying impliquant un financier sulfureux.

Si Johnson a certes besoin d’argent, le diplômé en lettres classiques a toujours méprisé la City et ses excès. Interrogé sur l’hostilité des entreprises britanniques au Brexit, l’ancien maire de Londres avait déclaré « fuck business » (que les milieux d’affaires aillent se faire voir). Apôtre du capitalisme financier, la pauvre Margaret Thatcher avait dû se retourner dans sa tombe…

Johnson n’est pas une créature du microcosme politique de Westminster dont il déteste le culte de l’entre-soi et les traditions séculaires.

Reste la question lancinante de son retour en politique évoqué par ses plus fervents supporteurs. À l’exception de Theresa May et de Ted Heath restés au Parlement après leur éviction du « 10 », les Premiers ministres déchus quittent rapidement la Chambre des communes. « Johnson n’est pas une créature du microcosme politique de Westminster dont il déteste le culte de l’entre-soi et les traditions séculaires. Ce solitaire ne compte pas d’amis parmi les députés. Il va décamper au plus vite », souligne le politologue Anthony Seldon.

S’il éprouve un vif ressentiment envers ceux qui l’ont chassé du pouvoir et est en quête permanente d’attention, BoJo n’a pas besoin de la politique pour exister. Ceux qui lui prêtent des intentions d’essayer à tout prix de revenir sur le devant de la scène en suivant les exemples de Donald Trump et de Silvio Berlusconi oublient que l’intéressé est très féru d’histoire. L’ex-journaliste est conscient que, au Royaume-Uni, un chef du gouvernement a peu de chances de rebondir après un départ du pouvoir. Depuis la Seconde Guerre mondiale, seuls Winston Churchill, son héros, et le travailliste Harold Wilson ont pu rempiler après leur évincement.


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