Ce soir ?

Stellantis : l’usine historique de Sochaux revue à la sauce Tavares

Written by admin


Fini la folie des grandeurs à Sochaux ! Autrefois, pour s’agrandir, l’usine historique de Peugeot, qui appartient au groupe Stellantis, avait fait déplacer une route nationale qui passait en son sein. Dans les années 1980, ses responsables avaient même été jusqu’à faire détourner le lit d’une rivière locale, l’Allan, un affluent du Doubs. L’usine, qui fabriquait autrefois la mythique Peugeot 201 et qui a compté jusqu’à 40 000 employés à la fin des années 1970, contre 6 200 aujourd’hui, avait fini par devenir gigantesque sous la présidence de Jacques Calvet (1984-1997). Elle comptait ainsi 55 bâtiments pour 725 000 m2 couverts et une superficie totale de 210 hectares !

En 2017, il fallait encore parcourir plus d’un kilomètre pour rallier le ferrage, où sont assemblées les pièces pour former la caisse, au site d’emboutissage où l’on presse les pièces. Il fallait encore faire la même distance pour aller chercher les blocs de phares qui équipaient les véhicules… Les bâtiments étaient tout sauf fonctionnels, munis d’ascenseurs pour les véhicules. « La taille de Sochaux a fini par devenir un handicap, avec ses coûts de chauffage et d’énergie et ses taxes à payer », reconnaît Christophe Montavon, directeur de l’usine centenaire bâtie sur des terrains marécageux en 1912.

À LIRE AUSSIVoitures électriques : le fiasco des bornes de recharge

Pour sauver ce site tentaculaire, le « cost-killer » Carlos Tavares a décidé en 2017 de revoir complètement le site de Sochaux qui produit actuellement les SUV Peugeot 3008 et 5008. Objectifs affichés par ce maître de la performance : réduire l’emprise foncière et améliorer la productivité. Comment ? En compactant l’usine et en modernisant sa logistique et ses chaînes de production. Un total de 200 millions d’euros a été investi sur le site qui peut aujourd’hui produire 1 200 véhicules chaque jour et jusqu’à 400 000 véhicules par an. « Nous faisons des investissements frugaux comme des bons pères de famille. Ici, on réduit les surfaces », indique Arnaud Deboeuf, directeur industriel de Stellantis. « Il faut baisser les coûts de production si l’Europe veut pouvoir basculer aux véhicules électriques en 2035 avec des prix moins chers, sinon il n’y aura pas de clients pour les acheter », poursuit-il.

Cette année, 44 hectares de terrains ont été cédés à un acteur de la logistique. De quoi aider à financer la modernisation du site. Dans le bruit infernal du nouvel atelier d’emboutissage, une ligne de presses nouvelle génération et haute cadence permet aujourd’hui d’emboutir quatre pièces d’acier ou d’aluminium par coup, plus du double d’avant. Les machines de conception chinoise et de marque Jier où sont notamment pressés les flancs de voiture ont coûté 33 millions d’euros. En seulement trois minutes, contre quarante minutes autrefois, on peut changer leurs formes pour sculpter d’autres pièces du véhicule. Et il ne faut plus parcourir un kilomètre : le ferrage jouxte l’emboutissage.

Quelques mètres plus loin, la direction de l’usine montre avec fierté un bâtiment flambant neuf qui contient un transstockeur de marque suisse (Stöcklin) d’une hauteur de 25 mètres qui peut contenir jusqu’à 4 500 palettes de pièces détachées. Ces étagères automatiques permettent à des échelles-robots de chercher n’importe quelle palette en six minutes et de les acheminer vers la zone de montage. « Une pièce détachée parcourt désormais une distance moyenne de 200 mètres, contre un kilomètre auparavant », précise Julien Monclin, directeur de la logistique de l’usine. Sur la ligne de montage installée au cœur de l’usine, les opérateurs s’activent. Quand le chef d’équipe veut les réunir, il le fait sur une table fabriquée par des ouvriers à partir… d’anciens casiers. Sous la houlette de Tavares, selon l’adage de Lavoisier, « rien ne se perd, tout se transforme… »

À LIRE AUSSIÀ Mulhouse, le succès de la Peugeot 308 cale sur les semi-conducteurs

Baisse des coûts

Autre nouveauté, les robots AGV (automatic guides vehicules), qu’on croise de plus en plus dans les usines de la planète et les Buttlers, qui ressemblent à des petites « tortues » orange. Elles peuvent transporter jusqu’à une tonne de composants nécessaires au « kitting », opération qui consiste à rassembler une panoplie de pièces détachées nécessaires à la fabrication d’une voiture. Stellantis parvient également à baisser les coûts de production de l’usine en réinternalisant la fabrication de certaines pièces plastiques. Seule ombre au tableau, la pénurie de semi-conducteurs a conduit à une fermeture du site quelques jours fin août. La direction préfère en effet arrêter la production quand elle ne dispose pas des pièces.

La transformation donne déjà ses fruits « Nous avons abaissé le point mort de l’usine de Sochaux à 180 000 véhicules par an, pour un potentiel de 400 000. La qualité s’est améliorée, avec une baisse de 25 % des défauts perçus par les clients », se félicite Arnaud Deboeuf. Le site du Doubs sert de référence sur le créneau SUV au sein de Stellantis pour ses 92 usines dans le monde. L’usine a été choisie pour développer et accueillir la future plateforme électrique mondiale STLA Medium qui se veut révolutionnaire. Le prochain SUV 100 % électrique de Peugeot remplaçant la 3008 devrait sortir des chaînes en 2024. 

À LIRE AUSSIComment Toyota affronte la pénurie de semi-conducteurs et de matières premières


Leave a Comment