Ce soir ?

Mort d’Elizabeth II : « Nous vivons un moment historique, par hasard ! »

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Hier à la même heure, devant les grilles de Buckingham Palace, il y avait des bus scolaires et des visites guidées pour touristes en transit entre le musée de Madame Tussauds et la Tour de Londres. Aujourd’hui, la place qui fait face à la résidence officielle de la reine est noire de monde, son pourtour transformé en salle de rédaction géante, où des journalistes venus du monde entier enchaînent les duplex dans toutes les langues, agglutinés sous des barnums comme dans une tour de Babel horizontale hérissée de paraboles.

July et Nabil, habitants de Montpellier, ont vu ce basculement s’opérer sous leurs yeux. Venus à Londres pour un séjour de trois jours, ils étaient en train de visiter le parc du palais lorsque la nouvelle est tombée. « Nous vivons un moment historique, nous dit Nabil, par hasard ! On a voulu revenir ici une deuxième fois, et là encore, on a du mal à saisir l’ampleur de l’événement, à quel point il saisit la population. »

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C’est son premier séjour à Londres, le jeune homme avoue ne connaître l’histoire de la famille royale que via des amis « à fond sur le sujet ». Tout l’inverse de July, étudiante en troisième année de littérature anglaise à Montpellier, pour qui la disparition de la reine « représente vraiment quelque chose ». « J’ai suivi son règne et la question de sa succession, alors ça me fait vraiment drôle. Elle a toujours été là. On ne s’y attendait pas, ni à voir autant de monde comme ça, je n’ai pas les mots. »

Le couple a acheté des journaux, pour garder un souvenir de ce jour unique et de leur présence ici. « Dès hier soir, il y a eu des gens qui pleuraient, avec des bouquets dans le métro, des gens partout, qui ont commencé à arriver dès que les infos ont annoncé la nouvelle. C’est une chose hors du commun, et même si on sait que ça existe, on ne s’attend pas à être là, à la vivre. Ça n’a rien à voir avec le fait de le voir à la télé », poursuit l’étudiante.

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Pour déposer une gerbe de fleurs contre les grilles noir et or, une foule à perte de vue, rangée en ligne le long d’une allée du jardin, avance lentement. « Les fleurs dans un lieu public, ça nous fait forcément penser aux attentats de 2015, raconte Nabil. Nous n’étions pas à Paris. Cette fois nous sommes à l’épicentre de l’Histoire. Je me sens emporté par quelque chose qui me pousse à aller voir les gens, à partager ce moment de recueillement, et c’est la première fois que je découvre ce sentiment au fond de moi. » Pour lui, le traumatisme récent du terrorisme fait que les Français peuvent se sentir particulièrement proches de ce que ressentent aujourd’hui les Britanniques. « Parce qu’au-delà de ce que représente la reine, ajoute July, il s’agit d’une personne, avec une famille et des proches dans la peine. »

« C’est magnifique et terrible de se retrouver là »

De « la peine », c’est aussi ce que ressent Myriam, venue de Montélimar avec sa fille Manon, 19 ans, étudiante en droit. Le séjour en Angleterre était prévu de longue date, elles sont arrivées hier, repartent ce soir, et ont déjà fait un saut de puce en juin, pour un concert. Employée dans un Ehpad, Myriam a l’habitude de côtoyer des personnes âgées. Elle avait trouvé à la reine un teint bien pâle lors de sa dernière apparition publique, la visite de la nouvelle Première ministre Liz Truss.

La mère et la fille terminaient leurs achats dans un magasin lorsqu’elles ont appris la nouvelle. « Un des vendeurs est venu en courant rejoindre son collègue derrière la caisse. Il lui a montré l’écran de son téléphone mobile. Il avait la main sur la bouche, comme quand on retient un cri… »

« C’est magnifique et terrible de se retrouver-là, poursuit-elle. Parce que c’est une femme qui s’est toujours fait respecter. Soixante-dix ans de règne, ça fait un pincement, même pour les Français. » Ce que confirme Manon qui, en ligne avec son père, resté en France, s’exclame : « C’est fou, on reste seulement deux jours et dans mille ans on en parlera encore : le 8 septembre 2022, la reine est décédée. »

Un jour de deuil qui inquiète Isabelle, la mère de Chloé, qui attend sa rentrée universitaire, et Nathan, qui a posé une semaine de congé. La famille rentre à Genève cet après-midi. Ils se félicitent d’être venus à Buckingham mercredi pour assister à la relève de la garde, suspendue désormais, mais s’interrogent. Est-ce que leur vol ne va pas être annulé, pour raison de deuil national ?

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