Ce soir ?

Le discours de Charles III : du grand art !

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« Je m’engage à vous servir avec loyauté, respect et amour. » Le premier discours à la nation, prononcé vendredi soir, par le roi Charles III a constitué un bel exercice d’équilibriste. D’un côté, le nouveau monarque a rendu un hommage émouvant à sa mère Elizabeth II, décédée la veille à 96 ans, en s’engageant à respecter la Constitution non écrite. De l’autre, le successeur a voulu se démarquer de sa « maman chérie », pour reprendre sa propre expression, en présentant un programme d’action tout en nuances. Du grand art !

Le chef de l’État s’est d’abord inscrit dans la continuité du règne de la défunte. Lui qui s’était taillé en tant que prince de Galles une réputation d’interventionnisme dans la sphère publique a promis de respecter à la lettre une totale neutralité. En cela, il entend rester fidèle à la célèbre définition des pouvoirs royaux due à Walter Bagehot au XIXsiècle, « Formuler des avertissements, donner des encouragements et des conseils ».

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Par ailleurs, le gouverneur suprême de l’Église anglicane a réitéré la primauté de la religion d’État sur les autres cultes du royaume. Dans la même veine, le chef du Commonwealth a également redit l’importance des liens entre l’ancienne puissance tutélaire et ses anciens dominions et colonies malgré la volonté de nombreux membres de la grande famille d’outre-mer de devenir des républiques.

Enfin, face aux scandales à répétition frappant le financement de son réseau associatif, Charles III a annoncé son retrait de la sphère philanthropique très développée outre-Manche pour pallier les carences de l’État-providence. La nouvelle génération des « Royals » reprendra le flambeau de l’action caritative, l’un des piliers du pouvoir des Windsor.

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Une émotion inédite

Reste qu’au-delà de l’exercice entendu, en filigrane, le nouvel occupant de Buckingham Palace a dévoilé mezza voce un véritable programme que sa mère aurait désapprouvé.

Dans son message de Noël, le seul discours écrit de sa propre main sans contreseing ministériel, Elizabeth II n’a jamais mentionné la société multiculturelle au nom d’une vision dynastique blanche, aristocratique, anglo-saxonne et protestante liée à sa génération. Le roi a insisté sur la nécessité de vivre ensemble, de respecter l’autre, quelle que soit son origine ethnique ou religieuse. Sa vision de l’anglicanisme n’est pas doctrinale, mais sociale.

Autre cassure, mue par la pudeur, l’ancienne souveraine n’a jamais montré la moindre émotion en public à propos de sa famille. Son successeur a fait un vibrant éloge de son épouse Camilla, la reine consort, avec une tendresse qu’on ne lui connaissait pas. Il a couvert d’éloges William et Kate, les nouveaux prince et princesse de Galles. Et il n’a pas oublié dans son laïus de louer les deux rebelles, Harry et Meghan, « alors qu’ils continuent de construire leur avenir à l’étranger », bien que l’infernal duo ne cesse de ruer dans les brancards pour faire tomber la monarchie de son piédestal. Le deuil anglican consiste à rendre hommage au défunt et à sa famille, pas à régler ses comptes.

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Enfin, en mettant en exergue son amour de l’Écosse et du pays de Galles, le garant de l’unité nationale s’est efforcé d’affaiblir les forces centrifuges qui menacent de faire éclater son royaume : les velléités d’indépendance du premier et la demande de davantage d’autonomie du pays de Galles par le second. Il a préféré ne pas mentionner le risque de réunification de l’Irlande du Nord au Sud après la victoire des nationalistes catholiques aux dernières élections régionales dans la province britannique. Il s’agit d’un terrain politiquement miné alors que la Première ministre, Liz Truss, s’est engagée à réformer le protocole nord-irlandais du traité du Brexit au risque de provoquer une grave crise avec l’Union européenne.

Bain de foule

Dans la forme, l’adresse a permis au roi d’apporter sa touche personnelle. Le décor de Buckingham Palace – salon cosy, tableaux sombres, lumières tamisées, bouquet de fleurs – était fidèle à celui que privilégiait feu la reine lors de ses grands discours. Mais la voix était plus chaleureuse, l’accent moins aristocratique, le propos cherchant à séduire le cœur autant que l’esprit.

Du grand art, comme fut le premier bain de foule de Charles III à son arrivée à Buckingham Palace ! Il est allé à la rencontre de ses nouveaux sujets, se laissant toucher, même embrasser, sans le moindre signe d’irritation. Le contraste était saisissant avec Elizabeth II qui, imperturbable, affichait un beau sourire systématique en gardant toujours ses distances. Autres temps, autre style…

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