Ce soir ?

Le show Kobe Bryant : rendez-vous avec la postérité

Written by admin


Toute personne présente au Staples Center ce 13 avril 2016 n’oubliera pas ce jour de sitôt. Après avoir annoncé sa retraite quelques mois plus tôt et en l’absence de play-off, Kobe Bryant avait donc pris rendez-vous : la rencontre entre les Lakers et Utah Jazz serait l’épilogue de son immense carrière NBA. Avec cinq bagues de champion, un titre de MVP en 2008, ou encore 18 sélections dans le All-Star Game, « Black Mamba » est une véritable légende du basket américain aux côtés de Michael Jordan, Larry Bird, Wilt Chamberlain ou encore LeBron James. Pour ses adieux aux parquets, il va offrir un véritable récital à ses fans.

Drafté en 1996, Kobe Bryant était alors un modèle de précocité. On avait rarement vu un joueur passer directement du lycée à la NBA. Son histoire d’amour avec les Lakers va s’étirer sur vingt ans avec de nombreux hauts, à l’image des trois titres consécutifs en 2000, 2001, et 2002, mais aussi quelques accrocs, comme une accusation de viol sur une employée d’un hôtel en 2003, sa rupture avec Shaquille O’Neal et une fin de carrière marquée par de grosses blessures. Mais Kobe Bryant restera comme l’une des individualités les plus fortes et les plus douées de son sport, capable de porter son équipe à bout de bras et de repousser les limites dans les moments fatidiques.

À 37 ans, il sent que son corps, marqué par les pépins physiques, n’est plus à même de répondre à ses ambitions. Fracture du genou gauche, déchirure de l’épaule droite, rupture du tendon d’Achille, fracture de l’index : il n’est pas épargné au cours de ses dernières années. Mais Kobe Bryant sait retomber avec panache et, à cette occasion, il s’est fixé l’objectif de marquer les esprits pour faire ses adieux à son public et ses fans. Dans une lettre ouverte publiée en novembre 2015, il explique ses motivations à vouloir tourner la page. « Je suis prêt à laisser partir le basket. Mon cœur peut accepter les critiques, mon esprit peut gérer les efforts, mais mon corps sait qu’il est temps de dire au revoir. Cher basket, tu as donné un rêve aux couleurs des Lakers à un enfant de six ans, je t’aimerai toujours pour cela, mais je ne peux plus t’aimer aussi obsessivement encore longtemps. »

Un fan achète deux places à 55 000 dollars pour le dernier match de son idole

Avec une entame de saison 2015-2016 ratée, les Lakers avaient bien conscience que l’ultime match de Kobe approchait. Le miracle des play-offs n’a pas eu lieu : il faut dire que la franchise californienne a vécu un exercice particulièrement difficile avec un bilan de 17 victoires pour 63 défaites. Le dernier match de la saison régulière face à Utah Jazz allait donc être hautement symbolique. J. A. Andande, journaliste du Los Angeles Times et d’ESPN, s’est souvenu pour Ouest-France de cette atmosphère particulière en ce 13 avril 2016. « Toutes les rues aux alentours étaient fermées. La place était bondée de gens tout de violet et d’or vêtus. D’habitude, on vient voir une équipe, mais, là, tout le monde est venu pour lui. Et dans la salle, tout avait été mis en place pour lui rendre hommage : son numéro 8 d’un côté du terrain, son numéro 24 de l’autre, des vidéos de ses exploits diffusées deux heures avant le coup d’envoi… »

À LIRE AUSSIMort de Kobe Bryant : pluie d’hommages à l’étoile filante de la NBA

Les billets pour ce match s’arrachent à prix d’or au Staples Center pour assister aux derniers paniers de Kobe Bryant. Un fan n’hésite pas à dépenser près de 55 000 dollars pour obtenir deux places et être au plus près de son idole. Si Black Mamba est emprunté sur l’entame en ratant ses cinq premiers tirs, il va éblouir le reste de la rencontre et livrer une performance magistrale. Les statistiques vont s’emballer au cours de la rencontre : si Kobe n’est pas le plus adroit, il passe tout de même soixante points, dont douze dans les ultimes instants du match. Sa mentalité de compétiteur et surtout d’assoiffé de victoires a pris le dessus : impossible pour lui d’achever sa carrière sur un échec, il s’arrache pour aller chercher la gagne (101 à 96). Il termine ainsi avec 33 643 points au compteur en NBA, ce qui le place à la quatrième place des meilleurs scoreurs de tous les temps derrière Abdul-Jabbar, James et Malone.

L’ambiance déjà euphorique de l’enceinte californienne s’embrase devant cet épilogue totalement fou. Les acclamations pleuvent et l’enfant chéri des Lakers peut sortir la tête haute. Son discours sur le parquet du Staples Center est marqué forcément par l’émotion, mais aussi par une teinte d’ironie. « Vous savez, je me demande comment ces vingt années ont pu passer aussi vite. C’est fou. C’est complètement fou. On a eu des hauts et des bas, mais le plus important, c’est qu’on soit restés ensemble tout ce temps. Pendant 20 ans on m’a dit “passe la balle !”, et pour ma dernière on m’a crié “ne la passe pas !” » conclut-il avec un grand sourire. Difficile d’imaginer après ces scènes de liesse le tragique destin qui attend Kobe et ses proches.

Le 26 janvier 2020, les États-Unis sous le choc

Près de quatre ans plus tard, le 26 janvier 2020, la star retraitée prend son hélicoptère en compagnie de huit autres occupants pour se rendre à un match de sa fille, Gianna. Le vol devait durer un quart d’heure et la veille, le même trajet s’était déroulé sans aucun accroc. Mais la mauvaise visibilité du pilote et des conditions météorologiques défavorables vont provoquer le crash de l’appareil dans les collines de Casabalas. Kobe Bryant, sa fille, les autres passagers et le pilote n’y survivront pas.

Retrouvez notre série « La Révérence »
La revanche impossible de Marcel Cerdan
Lance Armstrong, jusqu’au bout du déni
Usain Bolt, le « claq’ » de fin
Mohamed Ali, l’abeille ne pique plus
L’ultime baroud d’honneur de Schumacher
La double sortie de Johan Cruyff
Nuit tragique à Berlin : Zinédine Zidane part sur un coup de tête
Andre Agassi, la jeunesse éternelle du Kid
Le faux départ australien de Marie-José Pérec

L’onde de choc est immense : l’Amérique pleure son champion et le Staples Center de Los Angeles devient rapidement un lieu de recueillement. Le violet et le jaune, couleurs indissociables de la franchise californienne, accompagnent les nombreux messages, photos et fleurs en hommage à l’idole disparue. « Les mots ne peuvent pas décrire la douleur que je ressens. J’ai adoré Kobe, il était comme un petit frère pour moi » , déclare ainsi Michael Jordan. « J’ai le cœur brisé et je suis anéanti, mon frère… Je te promets que je perpétuerai ton héritage ! » indique de son côté LeBron James. À 41 ans, Kobe Bryant est parti beaucoup trop tôt, et a laissé derrière lui une trace indélébile dans l’histoire du sport américain.


Leave a Comment