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Presse : la marche sinueuse du « Parisien »

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Sept ans avoir racheté au groupe Amaury Le Parisien-Aujourd’hui en France pour une cinquantaine de millions d’euros, Bernard Arnault comprend que la marche vers la rentabilité de ce journal populaire de qualité n’est pas de tout repos. Confronté à une baisse de la diffusion papier, le quotidien détenu par LVMH aux côtés notamment des Échos et de Radio Classique, accumule les pertes. Depuis son rachat au groupe Amaury en 2015, Le Parisien perd en moyenne 20 millions d’euros chaque année. La direction tablait sur une réduction du déficit en 2022. La crise énergétique et le doublement du prix du papier ont douché cet espoir. Le journal, qui compte 400 journalistes et intègre le groupe Les Échos-Le Parisien, dont le PDG est Pierre Louette, vient d’augmenter de 10 centimes son prix à l’unité, à 1,90 euro. Léger baume au cœur, le chiffre d’affaires annuel se stabilise à 145 millions d’euros, avec une publicité qui se maintient et une progression du numérique, qui représente désormais 20 % du chiffre d’affaires contre 5 % en 2018.

Pour combler ces pertes, LVMH a réinjecté de l’argent. Le groupe de luxe a renfloué cet été le quotidien à hauteur de 65 millions d’euros, après 83 millions d’euros en 2018. LVMH, dont le profit opérationnel courant a dépassé 17 milliards d’euros en 2021, a donc mis sur la table environ 200 millions d’euros depuis la reprise au groupe Amaury. « Cela signifie que Bernard Arnault croit au titre, ce qui est plutôt rassurant », commente un journaliste du titre.

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Erreurs de casting

Avec la suppression des éditions départementales et un plan de départs volontaires d’une cinquantaine d’employés, le journal a réduit ses coûts. Mais il a affronté des problèmes de management et commis des erreurs de casting. Il y a deux ans, le titre s’est séparé de Stéphane Albouy. Journaliste très apprécié en interne, il a dirigé de 2015 à 2020 les rédactions du Parisien-Aujourd’hui en France et bénéficiait d’une grande légitimité. A-t-il été écarté par l’actionnaire comme certains le murmurent ou tout simplement subi l’usure du pouvoir après des années à diriger ce paquebot qui sort un journal tous les jours en kiosques ? Quoi qu’il en soit, son remplacement par Jean-Michel Salvator en tandem avec Rémy Dessarts, l’un des fondateurs du magazine Capital, n’a pas donné les fruits escomptés. Ce dernier a à son tour été écarté après quelques mois. Quant à Jean-Michel Salvator, critiqué en interne, il vient d’être remplacé par Nicolas Charbonneau, 52 ans, auparavant chargé du magazine.

De l’avis de beaucoup, Jean-Michel Salvator n’a pas proposé de vraie stratégie éditoriale, notamment numérique. Il s’entendait mal avec la directrice générale du Parisien, Sophie Gourmelen, respectée par les salariés. Son départ – il reste conseiller éditorial et tient à faire savoir qu’il prend du recul d’un commun accord avec la direction – n’est pas regretté en interne. « Il a été confiné à distance pendant la crise sanitaire. Il ne donnait pas la parole au Web durant les conférences de rédaction et il ne s’intéressait qu’à la politique et aux titres du journal papier », accuse une source. Ses éditoriaux et une jugés hostiles à Anne Hidalgo, la maire de Paris, et favorables à Emmanuel Macron, proche de Bernard Arnault, ont également agacé au sein de la rédaction.

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75 000 abonnés numériques

Le quotidien doit remonter le courant après avoir longtemps proposé un site gratuit à ses lecteurs. Entre septembre 2020 et septembre 2022, les abonnements numériques ont doublé, à 75 000, contre 4 000 en 2015 au moment du rachat. L’adoption du système de publication Arc Publishing, adopté par le Washington Post puis Libération, a changé la donne comparée à l’époque Amaury. Avec 120 millions de vues par mois, la vidéo et les revenus qui en découlent ont décollé. Le journal revendique plus de vidéos vues sur YouTube que le média social Brut. En revanche, côté print, la vente au numéro Le ParisienAujourd’hui en France chute de 12 % à la fin août, à 90 500 exemplaires, et les abonnements diminuent de 11 %, à 67 000. Afin de sortir des activités industrielles et de baisser son exposition à la crise du papier, le groupe Les Échos-Le Parisien a vendu les sociétés de distribution en portage Proximy et Média Presse à l’imprimeur Riccobono.

Le défi de Nicolas Charbonneau, plutôt bien vu en interne, consiste à accélérer et à engranger des abonnements numériques grâce aux exclusivités. Le Parisien vise le cap des 100 000 abonnés numériques l’année prochaine, puis les 200 000 pour fin 2025-début 2026… Le titre entrevoit une sortie du rouge en 2024. Bernard Arnault, qui s’intéresse beaucoup à la presse et dont certains disent qu’il lorgnerait l’éditeur Editis mis en vente par Vivendi et Vincent Bolloré, sait qu’elle n’est pas l’activité la plus rentable du groupe. « Cela ne le gêne pas », assure un proche.


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