Ce soir ?

Roger Federer, un couac londonien et une longue attente

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On ne s’habitue jamais à voir nos idoles de jeunesse raccrocher. Ce fut encore le cas avec l’annonce, jeudi, du départ à la retraite de Roger Federer. Avec ses coups de génie, son style élégant inimitable et ses 20 titres en grand chelem, le Suisse est une légende non seulement du tennis, mais du sport tout court. Quand on se plonge dans les derniers moments de sa carrière, le temps devient tout de suite plus précieux : chacune de ses sorties et de ses apparitions sur les courts était guettée de près, avec l’appréhension de voir ce jour arriver. Pour le natif de Bâle, le clap de fin en tournoi aura donc été ce Wimbledon 2021, avec des regrets, comme souvent quand on évoque Federer.

À l’aube de ses 40 ans, Roger Federer voulait encore y croire et s’accrocher à ce rêve fou : repousser ses limites, décrocher un 21e sacre en grand chelem et devenir par la même occasion le plus vieux joueur à remporter un tournoi d’une telle importance. Mais ce record détenu par Ken Rosewall, victorieux à 37 ans lors de l’Open d’Australie en 1972, était devenu un objectif ambitieux pour un Suisse usé par les blessures. Cependant, avec Roger Federer, on est toujours obligé d’y croire. Capable de fulgurances, à l’image de sa géniale victoire sur Rafael Nadal en finale à Melbourne en 2017, le Suisse a encore un peu de réservoir. S’il se préserve sur sa fin de carrière en choisissant précieusement les tournois où il se rend, « Fedex » a bien conscience que les choix sont limités pour parvenir à ses fins et être de nouveau sur le toit du monde.

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Roger Federer mise énormément sur Wimbledon, son jardin, où il a triomphé à huit reprises. Son année 2021 sur les courts est minimaliste : après avoir fait une croix sur l’Open d’Australie, l’Helvète fait sa rentrée à Doha où il passe un tour. Son parcours sur terre battue se limite à Genève, où il perd d’entrée face à Andujar, puis à Roland-Garros, où il passe trois tours avant de déclarer forfait pour préserver son genou droit. L’ancien numéro un mondial arrive donc en Angleterre avec peu de certitudes, mais avec l’ambition d’embêter Novak Djokovic, qui a pris l’habitude d’occuper son trône londonien ces dernières années.

Le parcours de Federer à Wimbledon aurait pu s’arrêter dès le premier tour : face à un Adrian Mannarino survolté, le Suisse est poussé à un cinquième set, mais le Français se blesse en glissant. Passé pas loin de la correctionnelle, le Suisse peut souffler. Les matchs suivants vont se dérouler sans accroc : victoire face à Richard Gasquet en trois sets, succès en quatre manches contre le Britannique Cameron Norrie, puis un huitième de finale tout en maîtrise contre Lorenzo Sonego. A priori, son adversaire en quart de finale, Hubert Hurkacz, ne devrait pas représenter un obstacle insurmontable : jusque-là dans sa carrière, le Polonais n’a jamais fait mieux qu’un troisième tour en grand chelem.

Un os nommé Hurkacz

Alors que tous les observateurs le voyaient déjà en finale pour un choc alléchant face à Djokovic, Federer va buter sur un os. Dans un jour de grâce, Hurkacz va poser de nombreux problèmes au Bâlois. Avec 79 % de premières balles au service et 10 aces, le Polonais est difficile à bouger. De son côté, le roi Roger vacille, et ses 30 fautes en coup droit ne l’aideront pas dans un jour sans. Après la perte du premier service, l’octuple vainqueur de Wimbledon se rebelle et mène 3-0. Mais ce sursaut d’orgueil ne sera pas concrétisé : Federer est rattrapé et la perte de la seconde manche dans le tie-break douche ses espoirs. Les derniers pas de Federer sur le gazon londonien ne resteront pas dans les annales : un 0-6 sec dans le troisième set, qui signifie la fin de ses espoirs et un épilogue qu’aucun de ses fans n’imaginait.

Personne ne se doute alors qu’on ne reverra plus Roger Federer en grand chelem. Ovationné par le Center Court, l’intéressé entretenait d’ailleurs le mystère sur la suite après cette défaite cinglante. « Mes plus grandes victoires et mes plus grandes défaites se sont déroulées ici. Je tâcherai d’y revenir en tant que joueur. Je suis vraiment très content d’être arrivé jusque-là dans le tournoi, et même d’avoir pu jouer Wimbledon à ce niveau après tout ce que j’ai vécu. Bien sûr que je voudrais y jouer de nouveau, mais à mon âge, on ne sait jamais ce qui peut se passer. » Mais le Suisse n’aura plus l’occasion de rejouer. Après avoir fait une croix sur les Jeux olympiques de Tokyo, il espérait pourtant revenir en meilleure forme après une nouvelle opération du genou droit.

Les semaines et les mois passent, mais Roger Federer ne revient toujours pas. Il disparaît même du classement ATP pour la première fois depuis 25 ans et ses débuts sur le circuit. Quatorze mois et dix jours ont passé depuis ce 7 juillet 2021, et le roi Roger a donc définitivement raccroché sa raquette. Évidemment, avec une telle carrière, on ne retiendra pas cet échec face à Hurkacz, qui depuis n’a jamais fait mieux en grand chelem. L’onde de choc provoquée par l’annonce de sa retraite suffit à démontrer l’aura que le Suisse a encore de nos jours. La Laver Cup, organisée du 23 au 25 septembre prochains, sera donc l’occasion de boucler la boucle. Un ultime tour de piste pour que la magie federienne opère encore un peu, avant de nous laisser orphelins pour un bon moment.

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