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Les bijoux de Paris – Fred explore sa lumière intérieure

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Évidemment, Valérie Samuel connaît bien la maison puisque son grand-père, Fred Samuel, en est le fondateur. À ses yeux, le patrimoine du joaillier dont elle est la vice-présidente et la directrice artistique n’est pas constitué d’archives mais de souvenirs qui s’épanouissent sur plusieurs générations : « Mon père et mon oncle ont rejoint l’entreprise familiale assez tard. C’était des marins dans l’âme. Ce goût du grand large pourtant a produit de beaux résultats puisque c’est à mon père Henri qu’on doit Force 10. » Cette manille en or prolongé d’un câble en acier caracole en tête des ventes depuis sa création il y a plus de 50 ans.

Baptisée « Lumière intérieure », la collection de haute joaillerie présentée début septembre s’inscrit dans une séquence longue, au sein de laquelle s’insèrent une grande exposition rétrospective qui commencera dans quelques jours au Palais de Tokyo ainsi que la réédition du livre Mémoires d’un joaillier, paru en 1993 et rédigé par Fred Samuel lui-même. Le but de cette prise de parole consiste à rappeler la singularité d’une identité créative, mais aussi à confirmer l’étendue d’une expertise joaillière auprès d’un vaste public. Ces objectifs seront soutenus par Charles Leung, président-directeur général de la maison depuis septembre 2018, qui après avoir dirigé le retail Cartier sur le marché chinois a joué un rôle clé dans la croissance de Chaumet, notamment en Asie Pacifique.

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Portrait intime d’une maison

Articulée en plusieurs chapitres, « Lumière Intérieure » dresse donc le portrait intime d’une maison et de son fondateur. Gravé aux revers de chaque pièce, un mantra – en anglais – souligne cette intimité. Pour signifier le goût de l’inattendu qui caractérisait les premières productions de Fred Samuel, trois pièces mettent à l’honneur une myriade de perles à l’orient blanc légèrement rosé. « Mon grand-père a débuté chez les frères Worms en 1925. Auprès d’eux, il est devenu un expert des perles qu’il a voulu ajouter à son vocabulaire artistique dès la fondation de sa propre maison en 1936. Une nuance un peu rosée portait son nom. J’ai voulu que cette trilogie composée d’un choker, d’une manchette et d’une bague encerclant deux doigts rappelle cette prédilection tout en évoquant l’océan. Ces 100 perles – certaines des mers du Sud à l’orient blanc, d’autres Akoya légèrement rosées – figurent un va-et-vient aquatique, une écume. »

Quatre créations ressuscitent le coup d’éclat du joaillier qui avait marqué de son empreinte le film Pretty Woman : le ras-de-cou composé de cœurs en rubis et diamants offert par Richard Gere à Julia Roberts était signé de la maison. Ce chapitre s’ordonne autour d’une gamme en noir et blanc sur laquelle se détache la flamme de la tourmaline rose. Valérie Samuel attire notre attention sur l’exceptionnelle technicité qui préside ces pièces en onyx, diamants et laque noire. « Ce sautoir aux maillons cœur peut se transformer en bracelet ou en collier de différentes tailles, certains maillons cachent des fermoirs invisibles qui permettent d’accrocher des médaillons réversibles. Le médaillon cœur central, orné d’une tourmaline de 8,29 carats, décline 12 portés différents, ce qui porte à 50 le nombre de portés offert par le sautoir, qui a demandé des mois de travail à nos artisans. »

Le cabochon pain de sucre, qui commémore la lumière d’Amérique latine où Fred Samuel a passé sa jeunesse, s’invite également dans un set de 5 pièces non dénuées de défis. Des mosaïques de pierres précieuses, fines et ornementales composent des camaïeux aquatiques aux reflets saisissants grâce à la technique du doublet, voire du triplet. Le bleu marin d’une aigue-marine couleur Santa Maria (qui a demandé un an de recherche) irradie un plastron qui semble emprunter aux flots et à la lumière sa liquide mobilité. Cette pièce maîtresse s’offre le luxe, grâce au titane ionisé qui compose sa monture, d’offrir sur son revers toute la richesse chromatique déployée sur l’avant. L’or brille lui aussi en majesté sur 4 pièces multipliant les lignes brisées asymétriques qui sont comme autant de coups de pinceau destinés à magnifier l’incendie propagé par les diamants jaunes et blancs. Force 10 enfin se rappelle à notre mémoire dans un dernier chapitre. La création imaginée par Henri Samuel en 1966 prouve la versatilité de son essence au cœur de 5 pièces uniques dont un bracelet qui multiplie les prouesses. « La manille, pour assurer un serti extraplat, a été taillée dans un bloc massif (1 250 carats) d’aigue-marine d’Asie du Sud. Nous l’avons posé sur un pavage de diamants pour offrir un effet de profondeur. » Un diamant au centre attire notre attention. Sa forme est inédite. « Cette taille à 32 facettes nous a demandé un an de développement. Elle évoque la voile d’un bateau. » Charles Helleu prend ici la parole. « C’est toujours un moment exceptionnel pour un joaillier de créer une nouvelle taille de pierre. J’ai souhaité la baptiser Hero Cut. On peut y voir une voile, mais aussi la force d’un bouclier. Cette taille, qui rend hommage au courage et à la persévérance de Fred Samuel, adopte des lignes résolument mixtes. » Le message est clair : l’accélération du développement de Fred passera aussi par la gent masculine.

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