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« Impunité », le livre choc d’Hélène Devynck contre PPDA

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« Vous êtes en couple ? Vous êtes fidèle ? » Deux questions que Patrick Poivre d’Arvor, présentateur star du journal de 20 heures de TF1 entre 1987 et 2008, avait pris l’habitude de poser d’emblée aux nouvelles recrues de la chaîne de télévision. Sans trop se préoccuper des réponses. « Ça dessinait une première brèche dans les relations professionnelles. Une intrusion personnelle, ambiguë, une marque déstabilisante », note Hélène Devynck, ancienne journaliste, dans son livre coup de poing Impunité (Seuil), à paraître le 23 septembre. Sur 270 pages, l’autrice, ancienne journaliste de LCI et ex-femme d’Emmanuel Carrère, plonge le lecteur dans l’enfer vécu par des victimes de viol. Elle décrit avec acuité les dysfonctionnements de TF1 qui ont permis à PPDA d’encercler ses proies dans le bureau fermé dont il disposait. L’enquête pour viols visant Patrick Poivre d’Arvor a été classée sans suite en juin 2021 pour « prescription » ou pour « insuffisance de preuves ». De son côté, l’ancien journaliste a attaqué en diffamation presque toutes les femmes qui l’ont accusé de viols.

Hélène Devynck a pris le temps de rencontrer les victimes du présentateur. Elle pèse chaque mot et forme chaque image pour raconter le calvaire vécu par toutes ces femmes : la honte, le rapport de force en faveur de l’agresseur, l’anorexie…
Un événement médiatique l’a poussée à sortir de son long silence. En mars 2021, Patrick Poivre d’Arvor est l’invité de l’émission Quotidien sur TMC, qui appartient à TF1, qui a été son employeur et celui du journaliste. « Pendant vingt-cinq minutes, sans contradicteur, il crie à l’injustice, à la délation, au tribunal populaire, au lynchage des réseaux sociaux […]. Candide, il regrette les temps où on pouvait faire du charme, de la séduction, des petits compliments et des petits bisous dans le cou. » Hélène Devynck décroche le lendemain son téléphone pour contacter le policier chargé du dossier PPDA. Elle raconte ces « minutes poisseuses », c’est-à-dire son viol en 1993, à la Brigade de répression dans la délinquance aux personnes (BRDP), spécialisée dans le traitement des suspects VIP.

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Il s’est jeté sur moi, une main sur un sein

« Il s’est jeté sur moi, écrit-elle, une main sur un sein, l’autre cherchant à passer sous un élastique de ma culotte, sa langue dans ma bouche […]. Il a entré son pénis, un pénis très étroit. Il a fait quelques allers-retours, pas beaucoup […]. Il a éjaculé en grommelant vaguement. […] Je n’ai pas prononcé un mot. Il s’est frotté dans un corps inerte. Ça l’a fait jouir. Je n’étais personne. J’ai été ce rien. Elle-même victime de PPDA, Hélène Devynck a fini par accepter de sortir de l’anonymat et de dévoiler son cauchemar malgré le prix à payer – injures, soupçons… Dans un style glaçant, lapidaire, elle dénonce le système qui contribue à étouffer la parole en France. « Tout se passe comme si le #MeToo français butait contre un mur solidement cimenté par un mythe : les femmes devraient savoir se défendre toutes seules. Aucune femme agressée à l’âge adulte ne s’est sortie sans dégâts d’une prise de parole publique contre un homme célèbre. Aucune. Jamais », relève-t-elle dans Impunité.

Au-delà de PPDA, Hélène Devynck accuse le groupe TF1, filiale du groupe Bouygues, d’avoir protégé pendant des années Patrick Poivre d’Arvor, licencié en 2008. « Nous sommes arrivées dans l’actualité comme une blessure collective pour TF1 […]. On a choisi de nous ignorer aussi longtemps que ça a été possible, puis de nous blâmer et de menacer de sanctions celles qu’on avait sous la main […]. Prendre au sérieux nos témoignages, réfléchir à ce qui aurait pu empêcher le siège de TF1 de devenir un lieu criminel, n’a pas été l’option retenue », regrette-t-elle.

La question de la responsabilité de TF1

En mai 2022, Gilles Pélisson, actuel PDG du groupe TF1, évoquait l’enquête consacrée à l’affaire PPDA de Sept à huit, diffusée en décembre 2021, et confiait au Point : « Nous saluons le courage de ces femmes qui témoignent et nous partageons leur souffrance. Aujourd’hui, tout le monde sait que TF1 applique la tolérance zéro en matière de harcèlement et a mis en place des dispositifs pour que les collaborateurs puissent s’exprimer en toute confiance. »

C’est le passé et non l’actualité qui interpelle l’autrice d’Impunité,qui pose la question de la responsabilité de la chaîne de télévision dont beaucoup de dirigeants lui ont répété « Je ne savais pas » : « Ils ne savaient pas quoi exactement ? Que la plus puissante rédaction de France a abrité pendant des décennies des dizaines de viols et d’agressions sexuelles ? » Et de poursuivre plus loin : « Comme si TF1 n’avait pas armé notre agresseur, lui offrant le cadre, le statut, les moyens qu’il a utilisés pour nous violer. »

L’affaire PPDA n’est pas close. Les viols commis depuis mars 2007 jusqu’au licenciement du présentateur à l’été 2008 ne sont pas prescrits. Ces dernières semaines, de nouveaux témoignages affluent. Le quotidien Libération vient de dévoiler les récits de trois femmes qui accusent l’ancien présentateur du 20 heures de TF1 de viols et d’agressions sexuelles. Avec son histoire et celles de Cécile, Stéphanie, Chloé, Louise, Emmanuelle, Florence et tant d’autres, Hélène Devynck espère bien en finir avec l’impunité de l’un des hommes les plus connus de la télévision française.

Hélène Devynck, Impunité. À paraître le 23 septembre au Seuil. L’autrice sera l’invitée de l’émission La Grande Librairie le 21 septembre sur France 5.

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