Ce soir ?

« La nature, ce n’est pas du business » : l’appel d’un maire à Macron

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« Monsieur le président de la République, nous avons besoin de vous. » Le maire de Saint-Gervais-les-Bains (Haute-Savoie), Jean-Marc Peillex (divers droite), a rendu publique ce mardi 20 septembre sa « supplique » adressée à Emmanuel Macron. Une longue lettre dans laquelle l’édile s’attaque à ceux qui entretiennent « le business de la surfréquentation » au péril des sites naturels comme le Mont-Blanc, sur sa commune, et appelle le chef de l’État à agir pour réguler le tourisme de masse.

En 2020, le maire avait déjà obtenu du président un arrêté de protection des habitats naturels pour protéger le plus haut sommet d’Europe, limitant le nombre d’alpinistes pouvant entamer l’ascension. Si le problème de la surfréquentation est connu depuis longtemps pour des grandes villes comme Venise, il touche de plus en plus de sites français : Étretat, gorges du Verdon ou de l’Ardèche, Corse, calanques de Marseille… Ces dernières ont, cet été, décidé d’imposer un quota via une réservation obligatoire. Des outils radicaux que Jean-Marc Peillex veut voir généralisés pour protéger la nature des flots de touristes. Il s’explique auprès du Point.

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Le Point : Vous avez adressé ce dimanche une « supplique » à Emmanuel Macron, l’appelant à vous aider à sauver les espaces naturels. Qu’attendez-vous de lui concrètement ?

Jean-Marc Peillex : L’État doit jouer son rôle. Les sites surfréquentés et les manifestations démesurées doivent être encadrés. Aujourd’hui, au nom de la liberté, c’est no limit. L’État doit fixer le cadre, puis le préfet et les élus locaux doivent se mettre autour d’une table pour déterminer, problème par problème, les limites à imposer. C’est bien de faire le constat de la surfréquentation, mais maintenant il faut agir !

En 2020, vous aviez convaincu le président de prendre un arrêté protégeant le sommet du Mont-Blanc. Cela n’a pas suffi ?

Cet arrêté, qui impose d’avoir une réservation au refuge pour entamer l’ascension, et donc pose comme limite celle de la capacité du refuge, a réglé le problème de surfréquentation. C’est du bon sens. On a désormais 200 personnes par jour en moyenne sur la saison. Mais dans le même temps, on a toujours 50 000 à 100 000 touristes quotidiens qui débarquent dans la vallée de Chamonix. Et l’exploitant des remontées pour l’aiguille du Midi se réjouit d’avoir fait encore mieux qu’en 2019… La montagne est un espace de liberté, mais jusqu’à quel point ?

Dans votre lettre, vous égratignez aussi l’Ultra Trail du Mont-Blanc…

Mettre 30 000 personnes dans un espace naturel en montagne comme ça, c’est de la folie ! Ils ont ajouté une course cette année, n’ont pas du tout adapté l’événement à la sécheresse, font venir les gens de plus en plus loin… Sans compter le bilan carbone déplorable. La nature, ce n’est pas du business.

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La régulation que vous réclamez doit-elle passer par des quotas, comme l’a expérimenté le parc national des Calanques à Marseille cet été ?

Nous devons devenir raisonnables, et ne pas accueillir plus de monde qu’on ne peut en absorber. On ne va pas forcément diminuer le nombre, mais étaler. Ce sont les pics de fréquentation et la concentration sur la saison qui sont destructeurs. Mais la réponse doit être globale. Il faut aussi mieux sensibiliser : les gens vont caresser les marmottes ou les renards ; ils dérangent la faune car ils ne connaissent pas les codes.

Faudra-t-il accompagner financièrement les professionnels du tourisme pour cette transition ?

Les gros acteurs ont pris l’argent, on ne va pas aller aider ceux qui ont fait des bénéfices sur le dos de la nature. Ils font du business au quotidien, ils s’en foutent complètement de ce qu’il se passera dans quinze ans, ils iront ailleurs. Il faut que les élus osent. C’est quand on ne régule pas que ça coûte de l’argent. À l’aiguille du Midi, le jour où la montagne sera tellement abîmée que les ancrages ne tiendront plus, là on n’aura plus personne du tout…


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