Ce soir ?

Alexandra Lamy : « « Touchées » n’est pas un film de femmes »

Written by admin


Alexandra Lamy passe derrière la caméra. La comédienne découverte dans les années 1990 dans la série de France 2 Un gars, une fille compte à son actif de beaux succès à la télé et au cinéma. Depuis des années, elle nourrissait le désir, pas si secret que cela, de réaliser elle-même un film, sans jamais oser franchir le pas. Mais à la lecture de Touchées, la BD illustrée par Quentin Zuttion, sortie en 2019, elle flashe sur cette histoire de femmes victimes de violences conjugales et sexuelles qui apprennent à se reconstruire, grâce à une thérapie de groupe, fondée sur la pratique de l’escrime.

Et d’accepter enfin de relever le défi en prenant les commandes de ce téléfilm en deux parties, efficace, diffusé ce jeudi soir en prime time sur TF1. Pour l’occasion, elle s’est entourée, outre de Claudia Tagbo, de sa meilleure amie Mélanie Doutey et de sa propre fille Chloé Jouannet, dans le but de porter un message qu’elle espère utile pour libérer la parole des victimes et soutenir les associations. Un message qui, visiblement, a déjà séduit le jury du dernier Festival de la fiction de La Rochelle, mené par Sandrine Bonnaire : Touchées s’est vu décerner, le 18 septembre dernier, le prix du meilleur unitaire.

Le Point : Depuis des années, vous évoquez à longueur d’interviews votre souhait de passer derrière la caméra. D’où vous vient cette envie ?

Alexandra Lamy : Quand j’étais enfant, j’habitais en pleine campagne. À l’époque, on n’avait ni téléphone portable ni jeux vidéo. Donc pour m’occuper, je faisais travailler mon imaginaire. Je créais des mises en scène avec mes poupées, mes peluches, mes marionnettes. J’écrivais, je montais les spectacles, je dessinais, je peignais. J’avais, entre guillemets, une attirance pour les activités artistiques. Et surtout, j’avais envie de raconter des histoires.

Mais vous avez attendu d’avoir 50 ans pour franchir le pas…

Même si j’ai gardé en moi cette envie de raconter des histoires, il me semblait impossible de prendre les commandes d’un film, vu que je n’en maîtrisais absolument pas l’aspect technique. J’ai finalement compris que pour faire ce métier, il fallait surtout bien s’entourer et, sur le plateau, qu’il me suffisait d’expliquer à mon équipe ce que je voulais pour l’obtenir.

À LIRE AUSSI« Les Combattantes » sur TF1 : amour, guerre et beauté

Qu’est-ce qui vous a décidé à sauter le pas ?

Un jour, Philip [Boëffard, son producteur NDLR] m’appelle : « Je viens de lire une BD. J’aimerais l’adapter. Est-ce que je peux te l’envoyer ? » Je lui réponds que oui et lui demande quel rôle il me voit tenir. Et là, il me dit que c’est, à ses yeux, le projet idéal pour passer à la réalisation.

Il s’agissait de la BD de Quentin Zuttion, Touchées…

Oui. Ce livre m’a bouleversée. Il raconte le parcours de trois femmes très différentes qui vont apprendre, ensemble, à se reconstruire après avoir subi diverses violences. Moi qui suis très engagée auprès de nombreuses associations de défense des femmes, je ne pouvais qu’être bouleversée par cette histoire.

On a toutes eu parfois cette impression dans le travail d’être d’abord jugées sur notre physique avant d’être jugées sur nos compétences professionnelles. Mais on s’y est presque habitué.

De quand date votre engagement auprès des victimes de violences conjugales et sexuelles ?

Je me suis beaucoup investie pendant le premier confinement, en pensant à toutes ces femmes qui allaient se retrouver enfermées avec leur bourreau. On a travaillé avec la gendarmerie, les pharmacies, les commerces de proximité pour dire aux femmes que nous étions là. C’est à cette occasion aussi que j’ai rencontré Andréa Bescond [la réalisatrice de Chatouilles tient un second rôle dans Touchées, NDLR], également très impliquée dans cette cause.

Les violences faites aux femmes, c’est un sujet qui vous a concernée, vous, directement ?

Je pense qu’on a tous été touchés par ça. Et surtout, c’est vrai, les femmes ! On a toutes eu parfois cette impression dans le travail d’être d’abord jugées sur notre physique avant d’être jugées sur nos compétences professionnelles. Mais on s’y est presque habitué. Sinon oui, comme de nombreuses jeunes actrices, je me suis fait emmerder par des metteurs en scène.

Un sujet sur les femmes victimes de violences, ce n’est pas compliqué à traiter dans une fiction télé ?

Je ne voulais pas montrer la violence directement. Même si je ne pouvais pas faire totalement l’impasse sur certaines images. Mais je souhaitais avant tout parler de l’après. De la reconstruction. J’aime cet aspect, je dois tenir ça de mon père : je cherche toujours la lueur d’espoir, le petit coin de ciel bleu. J’avais envie de m’adresser aux victimes, de leur dire que l’on peut traverser ces moments douloureux et rebâtir sa vie. Je voulais parler des petites victoires de tous les jours.

Je n’avais pas le temps de gérer les ego des uns et des autres. C’est pour cela qu’il me fallait de super actrices qui me fassent confiance.

Ce film s’adresse donc essentiellement aux femmes ?

Il s’adresse à tout le monde. Ce n’est pas un film de femmes. D’ailleurs, pour l’avoir déjà un peu montré partout en France, dans les débats qui suivent les projections, ce sont, la plupart du temps, les hommes qui prennent la parole en premier. Ils parlent de fraternité et même de sororité. Mais je veux être claire : ce film ne fait pas le procès des hommes.

Comment avez-vous choisi votre casting ?

Nous n’avions que 23 jours de tournage, c’est court… c’est très court ! Il n’y avait donc pas de temps à perdre. Je n’avais pas le temps de gérer les ego des uns et des autres. C’est pour cela qu’il me fallait de super actrices qui me fassent confiance. Le premier nom qui m’est venu, c’est celui de ma copine Mélanie Doutey, qui est une merveilleuse actrice. On avait déjà beaucoup parlé ensemble du langage du corps et c’est une actrice qui sait très bien jouer avec son corps. Elle n’en fait jamais trop. Elle m’a fait confiance du jour où je l’ai appelée pour lui dire que je la voulais dans mon film. Quant à Claudia Tagbo, elle incarne à merveille ce type de nana, toujours prête, avec sa bonhomie et son sourire, à vous tendre la main, alors même que vous ne pensez jamais à lui demander comment elle va !

Et pour le troisième rôle principal, vous avez choisi Chloé Jouannet, votre fille… C’est un peu audacieux, non ?

J’ai procédé avec elle comme avec les autres. Quand j’ai vu le rôle de Tamara, j’ai tout de suite imaginé Chloé et pas simplement parce que c’était ma fille. Il n’était pas question de la privilégier. Mais Chloé connaît bien mes combats et elle-même est assez engagée. D’autant qu’elle a des copines qui ont été victimes de violences. Je me suis dit qu’elle avait la fragilité de son personnage et en même temps ce feu intérieur qui ne demandait qu’à se manifester. Je voulais qu’elle exprime cette violence et je dois avouer qu’elle m’a donné plus encore que je ne pensais.

Touchées a reçu le prix du meilleur unitaire lors du dernier Festival de la fiction de La Rochelle. Comment avez-vous réagi ?

Je suis folle de joie bien sûr. Pour les équipes, pour mes actrices, mes acteurs. Cela montre qu’il a touché le jury tout comme il a touché tous ceux à qui nous l’avons déjà montré. En plus, c’est Sandrine Bonnaire, une sœur d’armes, qui me l’a remis. Ça n’a que plus de force pour moi.

À LIRE AUSSIInceste : « Nous consentons à ce que le risque soit supporté par l’enfant »

Quel impact espérez-vous avoir avec ce film ?

J’ai surtout hâte qu’il sorte, qu’il soit vu. Il est déjà diffusé dans des associations et des lycées et on a vu combien il était nécessaire de libérer la parole. Et je veux insister aussi sur le travail des associations qui manquent souvent de moyens pour venir en aide à toutes ces femmes qui une fois qu’elles sont allées à la gendarmerie ont besoin de trouver un lieu où se réfugier.

Quand on tourne pour TF1, est-il difficile de sortir du cahier des charges de la chaîne ? Y a-t-il des choses que vous auriez pu ou aimé dire autrement ?

Non, TF1 m’a laissée libre. Ils m’ont fait confiance même quand j’ai changé des petites choses au dernier moment. J’ai eu une paix royale. La télé est un bon support pédagogique pour ce type de sujets. Si ce film était sorti au cinéma, il n’aurait pas touché autant de monde. Et moi je veux faire des films qui sont vus.

Touchées, sur TF1 ce jeudi 22 septembre.


Leave a Comment