Ce soir ?

Chamonix « a pris la voie d’un tourisme plus respectueux »

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« Nous sommes des gens responsables ! Nous voulons protéger nos habitants, nos paysages, notre biodiversité, notre qualité de l’air… » Éric Fournier, le maire (Nouveau Centre) de Chamonix, ne décolère pas depuis l’appel de son voisin Jean-Marc Peillex, maire de Saint-Gervais-les-Bains, à Emmanuel Macron. Une « supplique » au président dans laquelle il l’appelle à agir pour endiguer le surtourisme et contrer ceux qui entretiennent « le business de la surfréquentation » au péril des sites naturels comme le Mont-Blanc, sur sa commune.

C’est surtout l’interview de l’édile dans Le Point qui a mis le feu aux poudres. Jean-Marc Peillex y pointe « 50 000 à 100 000 touristes quotidiens qui débarquent dans la vallée de Chamonix ». Des chiffres fantaisistes, dénonce Éric Fournier, qui réplique, autres chiffres à l’appui. Le maire de Chamonix assure, au contraire, qu’il n’y a pas de problème de surtourisme dans sa vallée ou en haute montagne, que les acteurs économiques sont très attachés à protéger.

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Le Point : Votre voisin, le maire de Saint-Gervais, pointe la surfréquentation de la vallée de Chamonix. Vous ne partagez pas son constat ?

Éric Fournier : C’est très vendeur d’alerter sur le tourisme de masse, mais les chiffres sont faux ! Mon collègue parle de 50 000 à 100 000 visiteurs par jour, les chiffres de l’observatoire de la vallée de Chamonix nous donnent 15 000 à 25 000 excursionnistes par jour cet été, soit six fois moins. À l’Aiguille du Midi, nous n’avons plus que 4 800 visiteurs par jour contre 5 700 en 2017, grâce à un système de réservation fixant un quota de facto. Le nombre de journées-skieurs a baissé en dix ans, et, depuis 2015, les nuitées sont stables dans la vallée. On a fait un bon été, mais on n’a pas fait péter les chiffres. Nous sommes très loin des calanques de Marseille, où certains secteurs ont vu une hausse de fréquentation l’année précédant la mise en place des quotas.

Il n’y a donc pas, selon vous, de surtourisme à Chamonix ?

Je suis maire depuis quatorze ans, et je n’ai pas créé de nouveaux lits touristiques ; on ne fait que remplacer l’existant. Nous ne sommes, hélas, pas maîtres du marché des particuliers. Depuis 2014, nous n’allons plus chercher les touristes en long-courrier : nous avons arrêté nos opérations de promotion qui allaient parfois jusqu’en Chine, car un touriste qui vient de l’autre bout du monde, ce n’est pas terrible d’un point de vue du bilan carbone… Nous avons pris la voie d’un tourisme qui se veut plus respectueux, néanmoins, c’est vrai, nous faisons face à d’immenses défis que je ne nie pas.

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Quels problèmes identifiez-vous dans la vallée aujourd’hui ?

Nous avons plus de voitures qu’avant. Depuis la pandémie, nos touristes viennent plus en voiture individuelle qu’en transports collectifs. Cela s’ajoute à un problème majeur dans la vallée : le trafic de transit vers l’Italie, notamment de poids lourds. Cet été, le tunnel du Mont-Blanc a connu une hausse brutale de fréquentation, qui a entraîné des bouchons à Chamonix et a pu donner l’impression d’une hausse du nombre de touristes. Je propose à mes collègues la mise en place d’une ZFE et l’expérimentation d’un péage urbain. Enfin, il faut aussi continuer le travail pour mieux réguler la fréquentation touristique, mais tous les acteurs sont engagés dans le processus. Nous sommes un haut lieu du tourisme et nous voulons être un laboratoire des bonnes solutions.


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