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Dérèglement climatique : qui veut encore devenir pilote ?

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L’aviation fait-elle encore rêver ? Au cœur des débats et des polémiques sur le dérèglement climatique, son utilisation est de plus en plus pointée du doigt. Le PSG, épinglé pour son aller-retour à Nantes en jet privé, en a récemment fait les frais. Reste que les futurs pilotes se bousculent au portillon, et que cette profession élitiste suscite toujours autant de vocations.

Nicolas Haentjens, étudiant en 3e année d’ingénierie aéronautique à l’Ipsa et futur étudiant pilote, admet aborder le sujet avec ses camarades qui sont « tous conscients et renseignés sur le poids de l’aérien dans la crise écologique ». Oui, l’aviation pollue, mais les futurs professionnels du secteur choisissent tout de même de rejoindre le système en toute connaissance de cause. « Cet été, une amie m’a demandé si je me sentais coupable de vouloir participer à polluer la planète », se rappelle le jeune homme, constamment confronté à cette question.

La page du Covid-19 quasiment tournée

L’aérien ne représente que 12 % des émissions de l’industrie du transport, contre 74 % pour le transport routier, selon les chiffres de l’Air Transport Action Group et l’Agence européenne pour l’environnement datés de 2019, avant la pandémie. Problème : un trajet en avion consomme presque trois fois plus de CO2 par passager et par kilomètre qu’un trajet en voiture.

Après l’arrêt brutal causé par le coronavirus en 2020, l’aérien a déjà presque retrouvé ses niveaux normaux. Selon le rapport mensuel « TendanCiel » du ministère de la Transition écologique, le trafic observé en juillet 2022 correspond à 86,4 % de celui constaté en juillet 2019, soit le dernier été précédant la crise sanitaire. Une tendance similaire a été observée pour le mois d’août.

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« L’aviation est une vocation. Au lieu d’abandonner, on se projette comme acteurs du changement », se défend Nicolas. Pour ces pilotes de ligne en herbe, il existe désormais des formations repensées, directement chapeautées par la Direction générale de l’aviation civile (DGAC), rattachée au ministère de la Transition écologique. C’est elle qui a autorité sur les écoles de pilotes. Ainsi, les programmes universitaires et l’écologie sont liés dès que possible.

Car l’aérien ne disparaîtra pas de sitôt, le secteur doit se transformer et se perfectionner pour devenir aussi durable que possible. Des solutions existent déjà : la DGAC assure qu’il est possible d’économiser jusqu’à 7 % de kérosène par vol en appliquant certaines techniques de navigation. « Quand on sait qu’une descente continue économise littéralement des tonnes d’essence par rapport à une descente par palier, on s’attache en tant que pilote et contrôleur aérien à atterrir de la façon le moins nuisible possible », cite par exemple Nicolas. Un premier pas.

Les questions écologiques au cœur des formations

Thierry de Basquiat, directeur de la formation au pilotage et des vols de l’École nationale d’aviation civile (Enac), met en avant la constante évolution des formations de son établissement sur la question environnementale. De nouvelles conférences sont consacrées à cette thématique depuis un an et demi. « En ce qui concerne la formation pratique, les dix premières heures de vol se font sur avion électrique et nous organisons un passage au SAF (Sustainable Aviation Fuel), c’est-à-dire au carburant biosourcé », souligne notre interlocuteur.

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Une approche à même de rassurer les plus anxieux quant à l’avenir de la planète ? Si certains étudiants ont renoncé par prise de conscience écologique ces dernières années, ils ne se comptent que sur les doigts d’une main à l’Enac.

On se projette comme acteurs du changement.Nicolas, futur étudiant pilote

L’Enac forme tous types d’acteurs de l’aérien, des pilotes de ligne aux ingénieurs en passant par les contrôleurs aériens. « La transformation écologique du secteur aérien n’est pas une affaire individuelle. C’est une évolution qui nécessite fondamentalement que tous les métiers travaillent ensemble pour atteindre les objectifs visés », note Thierry de Basquiat.

En plus de ces innovations, le secteur devra peut-être faire certaines concessions. Augustin de Romanet, PDG d’Aéroports de Paris, appelle lui-même à la modération du trafic et se dit prêt à faire face à une décroissance du secteur. Dans une interview à BFM Business ce 19 septembre, il assure « ne jamais se mettre en travers de ceux qui veulent avoir des comportements plus responsables ». D’aucuns souhaitent que le futur des vols court et moyen courriers s’écrive sur les chemins de fer.


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