Ce soir ?

« Une nouvelle réalité » : projet d’attentat déjoué, les Islandais sous le choc

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« C’est un jour un peu noir dans notre histoire, le fait de devoir faire face à la menace terroriste. J’espérais que ce jour n’arriverait jamais. C’est donc une nouvelle réalité », a déploré Fjölnir Sæmundsson, président du Syndicat national des policiers, au journal télévisé de la chaîne publique RÚV jeudi soir. Jamais l’Islande n’a été confrontée au terrorisme sur son sol ni n’avait fait l’objet de menaces. L’opération antiterroriste conduite mercredi est aussi sans précédent : une cinquantaine de fonctionnaires sur les quelque 700 que compte l’île ont été mobilisés, dont l’unité d’élite spécialement habilitée devant ce genre de circonstances.

Au total, quatre Islandais d’une vingtaine d’années ont été appréhendés dans deux municipalités près de la capitale Reykjavík, mais seuls deux – considérés comme les plus dangereux – sont restés en garde à vue. « Il n’y avait aucune raison d’exiger la garde à vue des deux autres », a précisé la police dans un communiqué. Les perquisitions dans neuf lieux différents ont permis aux enquêteurs de mettre la main sur un copieux arsenal : des dizaines d’armes à feu, dont certaines semi-automatiques, et des armes fonctionnelles imprimées en 3D, ainsi que des milliers de cartouches.

Les autorités ont confirmé que le Parlement islandais et la police elle-même faisaient partie des cibles potentielles de ces projets en préparation. D’après la presse locale, les suspects auraient évoqué la possibilité d’un passage à l’acte lors d’une fête annuelle de la police prévue la semaine prochaine, sans aucune confirmation officielle à ce stade.

La piste extrémiste à l’étude

Peu d’informations ont été fournies publiquement sur le profil des suspects, leurs motivations et leur potentielle affiliation à d’autres individus en Islande ou à des groupes à l’étranger. « S’agit-il juste d’imiter certaines idées étrangères ou y a-t-il une réelle motivation politique ? J’ai vraiment du mal à l’interpréter car ça me dépasse », reconnaît, désabusé, Helgi Gunnlaugsson, spécialiste en sociologie criminelle.

Les investigations examinent la piste de liens éventuels avec des groupes extrémistes scandinaves et une inspiration notamment des idées du tueur norvégien Anders Behring Breivik, l’auteur ultra-nationaliste des attentats d’Oslo et d’Utøya en juillet 2011. Contrairement à ses voisins nordiques et plus généralement à une tendance européenne, la mouvance extrême sur le plan politique avec des oppositions marquées sur l’immigration ou des considérations religieuses est peu présente en Islande. « Nous n’avons jamais vraiment eu de mouvements politiques comme ça », affirme Gunnlaugsson.

Vers la fin d’une candeur islandaise en matière de sécurité ?

Jusqu’ici épargnée par les violences ou les attentats qui secouent souvent ses voisins nordiques et européens, l’Islande avec ses 375 000 habitants est considérée comme le « pays le plus sûr du monde », avec un taux de criminalité extrêmement faible. Le pays a toutefois été rattrapé ces dernières années par la tendance observée sur le Vieux Continent avec la recrudescence d’agressions, notamment armées. Plusieurs homicides par arme à feu se sont produits depuis un an et demi, un fait d’ordinaire rare, auquel vient donc s’ajouter la menace terroriste à laquelle l’île nord-atlantique n’a jamais dû faire face.

« Évidemment, nous sommes bouleversés par ça, autant que le grand public, que de telles choses puissent être possibles dans notre société pacifique et notre beau pays », a reconnu ce midi devant la presse locale la Première ministre Katrín Jakobsdóttir au sortir d’une réunion ministérielle. « Dans le même temps, il est impossible de fermer les yeux sur le fait que nous avons vu de tels événements se produire ailleurs dans les pays nordiques. Ils peuvent se produire en Islande comme là-bas », a-t-elle ajouté.

Si les autorités ont réitéré que le public n’était pas en danger actuellement et considèrent toujours la menace terroriste comme faible, un débat sécuritaire doit être entamé. « Je crois que cela appelle à une conversation un peu forte dans la société […] sur la façon dont nous pensons notre sécurité et sur la manière de protéger les citoyens », indique Karl Steinar Valsson, chef de la coopération policière internationale au Bureau de l’inspection générale de la police. Un projet de loi sur les pouvoirs accrus de la police en matière de prévention de la criminalité devait être présenté au Parlement cet automne avant ces événements.


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