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« Dynastie » : vous reprendrez bien un bol de soap !

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« Dynastie est mort ! Vive Dynastie ! » On pensait cette série-fleuve à jamais planquée dans le placard de nos plaisirs coupables des années 1980. Nous avions tort. Son reboot, lancé en 2017 par le réseau hertzien américain CW, squatte chaque saison le top 10 des programmes les plus populaires sur Netflix, comme c’est le cas pour la cinquième et dernière saison qui vient d’être lancée. Pourtant, la plateforme ne propose les saisons qu’après sa diffusion intégrale sur la chaîne américaine où elle engrange des audiences médiocres. CW vient de clore définitivement la série. Il faut croire que l’aura de Dynastie dépasse largement les frontières américaines… Retour sur un succès planétaire inattendu.

Lorsqu’en 2016, CW annonce travailler sur un reboot de Dynastie, la nouvelle ne crée pas vraiment l’événement. Non seulement le reboot est rarement un gage de qualité, mais, en plus, le soap n’est pas un genre très apprécié sous le règne sans partage de Game of Thrones. Les récentes expériences en la matière ont donné naissance, au mieux, à des produits tiédasses. Comme la suite donnée à Dallas en 2012 qui n’a brillé ni par son audace ni par ses audiences. Au pire, elles se sont soldées par des fiascos : les nouveaux habitants de Melrose Place ont plié bagage au bout d’une seule saison.

Alors pourquoi un reboot de cette ancienne série parvient-il aujourd’hui à tirer son épingle de ce jeu de massacre ? D’abord parce qu’il s’agit d’un vrai reboot. Si Richard et Esther Shapiro, les créateurs de la série initiale, ont été associés au projet, ce n’est certainement pas pour se remettre à 86 et 92 ans derrière leur clavier. À quoi bon ? Ils ont apporté la matière première. À savoir la bible scénaristique du feuilleton qui, à son lancement en 1981, a choqué puis captivé des millions d’Américains : l’histoire de Blake Carrington, un magnat du pétrole bouffi d’orgueil et de dollars, qui non content de gérer un empire financier, doit cohabiter avec une épouse tendance sainte-nitouche, une fille nymphomane, un fils homosexuel qu’il renie et une ex encore plus venimeuse que l’autre grand méchant de l’époque, l’infââââme JR Ewing de Dallas.

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Sauf qu’en 2017, ces éléments de fiction tape-à-l’œil, habilement marketés, sentent la naphtaline, voire le moisi. Il va y avoir du boulot ! Pas de problème pour les producteurs… Et comme c’est dans les vieux pots que l’on fait les meilleurs soaps, on ne trouve en cuisine que des chefs étoilés : d’un côté, Sallie Patrick qui a fait ses preuves pendant trois ans comme scénariste de Revenge, la version bling-bling-crypto-sexy du Comte de Monte-Cristo (rien que ça !). De l’autre, Stephanie Savage et Josh Schwartz (nommé showrunner de la troisième saison) déjà partenaires sur Newport Beach et Gossip Girl. Ce dernier annonce très vite la couleur : « Les années 1980 ont été la meilleure décennie et on lui doit le respect. » Il n’empêche : il va falloir dépoussiérer tout ça.

Minorités visibles

D’autant que les annonceurs publicitaires ont changé de cible. Bye-bye la mère de famille ! lls ont désormais en ligne de mire les 18-34 ans, qui composent l’essentiel du public de CW. C’est ainsi que Fallon (Elizabeth Gillies vue dans Victorious aux côtés d’Ariana Grande), la fille gâtée pourrie du clan, dont on se dit qu’elle a sûrement fréquenté les mêmes écoles que Blair Waldorf de Gossip Girl, accède au rang de personnage principal. Sa famille, elle aussi, subit un beau lifting. À commencer par son père, le patriarche Blake Carrington. Incarné en 1981 par John Forsythe, la mèche blanche impeccable, 63 ans à l’époque, il est désormais campé par le bellâtre Grant Show (ex-Melrose Place), 55 ans au compteur. Son épouse Krystle (auparavant campée par Linda Evans et sa coiffure en rideaux de théâtre) est devenue une superbe latina aux courbes affolantes qui, tout en perdant une bonne vingtaine d’années, a troqué trois lettres de son prénom pour se transformer en Cristal.

La présence de minorités visibles à l’écran n’est plus un sujet. Comme c’était le cas en 1984, lorsque la production de Dynastie s’enorgueillissait d’avoir recruté l’actrice et chanteuse noire Diahann Carroll pour incarner Dominique Devereaux, la demi-sœur du héros. D’ailleurs, le nouveau Dynastie ne se déroule plus à Denver, mais à Atlanta, choisie pour sa diversité, et la famille Colby, rivale des Carrington, est afro-américaine. Point barre. Idem, l’homosexualité de Steven Carrington n’est plus un objet de discorde. Dès le premier épisode, on découvre que Sammy-Jo, (la jolie arriviste incarnée par la délicieuse Heather Locklear, que Steven épousait dans la série originale) est désormais… un homme. Enfin, vague verte oblige, Blake ne travaille plus dans le pétrole, mais dans les nouvelles énergies.

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Une fois évacués tous les sujets brûlants de la première mouture, que reste-t-il de Dynastie ? Outre les personnages (même les plus secondaires) et les catfights, ces bagarres grand-guignolesques entre femmes où gifles et crêpages de brushing font office d’armes de destruction massive, on retrouve surtout le même sens de la démesure. « Tout est possible », tel a toujours été le leitmotiv des époux Shapiro. Un mariage dès le premier épisode, un enterrement dans le second…

La version encore plus bling-bling des Kardashian

« Qu’on le veuille ou pas, on vit dans une ère de dynasties », assène la voix off de Fallon dans le premier trailer de la série. Si le feuilleton original avait surfé allègrement sur l’insolence des années Reagan (nous y reviendrons demain), la nouvelle version plus clinquante encore, nous plonge dans l’Amérique de Trump et des Murdoch où le nouveau riche, décomplexé et arrogant, a le vent en poupe. Un monde où la vulgarité est un signe de bonne santé financière.

Question crédibilité des intrigues, le téléspectateur, déjà dopé aux frasques outrancières de L’incroyable famille Kardashian et autre Real Housewives, les programmes phares de télé-réalité, ne s’offusque plus d’être baladé par les scénaristes. Y compris lorsque trois actrices se succèdent dans le rôle de Cristal sans que cela ne soit toujours expliqué. De toute façon, les têtes d’affiche ne sont plus un argument de vente. À peine a-t-on parlé de Nicollette Sheridan (Côte Ouest, Desperate Housewives) lorsqu’elle a endossé le rôle de la redoutable Alexis, personnage pourtant mythique de la série (portée autrefois à bout d’épaulettes par Joan Collins), avant d’être remplacée ni vu ni connu par une comédienne beaucoup plus jeune qu’elle.

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And so what ? Dynastie assume tout. Contrairement à son aînée, elle ne cherche pas à plaire au plus grand nombre et se moque bien d’aborder de pseudo-sujets sociétaux. Elle est juste là pour en mettre plein la vue, avec ses intrigues tordues, ses personnages sucrés-salés, laissant la finesse aux séries dites « pointues ». Le programme idéal pour une séance de binge-watching comme le permet Netflix. Qu’on se le dise, dans Dynastie, le plaisir se sert à la louche et il n’est jamais coupable.

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