Ce soir ?

Cinéma : les trois pépites du festival Biarritz Amérique latine

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Violence de la dictature chilienne, enfants des rues de Medellin, complexité des relations père-fille… Le cinéma latino enchante Biarritz.






Par Olivier Ubertalli


Daniela Marin Navarro et Reinaldo Amien Gutierrez dans Tengo suenos electricos, de Valentina Maurel.
Daniela Marin Navarro et Reinaldo Amien Gutierrez dans Tengo sueños eléctricos, de Valentina Maurel.
© Geko Films

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La créativité du cinéma latino-américain est à l’honneur au festival de Biarritz Amérique latine, qui se tient jusqu’au 2 octobre. Sous la houlette de son nouveau programmateur Jean-Christophe Berjon, l’équipe a bâti cette année une sélection enthousiasmante de fictions et de documentaires, auxquels s’ajoutent les films projetés hors compétition. Petite sélection de trois films marquants à retrouver dans les prochains mois dans les salles françaises et sur les plateformes de streaming vidéo.

Tengo sueños eléctricos, de Valentina Maurel (Costa Rica)

Comme le magnifique Afertsun de la jeune réalisatrice Charlotte Wells, projeté à Cannes à la Semaine de la critique et au festival de Deauville, où il a remporté le Grand Prix, Tengo sueños eléctricos dissèque la relation fusionnelle d’une adolescente et de son père. À partir du moment où ses parents se séparent. Eva, 16 ans, ne supporte plus d’habiter chez sa mère et rêve de déménager chez son paternel. Mais ce dernier a bien du mal à se relever de la rupture et à s’occuper de lui-même. Il squatte chez un ami et griffonne des poèmes sur un petit papier. Une rage intime anime père et fille, si proches que le conflit couve toujours entre eux.
Valentina Maurel signe un premier long-métrage captivant, à la beauté fragile et porté par une magnifique photographie. La violence de son pays, le Costa Rica, gronde en sourdine à chaque plan. Elle suit ses personnages comme des funambules en déséquilibre sur un fil et construit une chronique adolescente aussi troublante qu’attachante. Tengo sueños eléctricos a remporté trois prix au festival de Locarno 2022 (prix de la mise en scène, prix des meilleures interprétations féminine et masculine pour Daniela Marín Navarro et Reinaldo Amien Gutiérrez). Notre coup de cœur du festival !

1976, de Manuel Martelli (Chili)

Les dictatures qui ont sévi dans les années 1970 et 1980 en Amérique latine restent une source inépuisable de cinéma. De Missing (signé Costa Gavras en 1982) à Santiago 73, post-mortem de Pablo Larrain, en passant par L’Histoire officielle, Oscar du meilleur film en langue étrangère en 1986, les réalisateurs n’ont cessé de revenir sur la manière dont ces événements sanglants ont bouleversé les sociétés. Pour son cinquième long-métrage, Argentina, 1985, présenté à Venise et à Biarritz, le cinéaste argentin Santiago Mitre revient sur le procès historique de 1985 contre la junte militaire au pouvoir en Argentine de 1976 à 1983 et le magnifique Azor d’Andreas Fontana, bientôt en salle, raconte la recherche d’un banquier suisse disparu en pleines années noires.

En s’attaquant à la dictature chilienne pour son premier film, présenté à la Quinzaine des réalisateurs, Manuela Martelli prend le risque d’être comparée aux nombreuses œuvres traitant du sujet. Elle assume le challenge avec brio, avant tout grâce à l’interprétation d’une actrice exceptionnelle qui porte le film 1976 de bout en bout : Aline Kuppenheim. La comédienne incarne avec justesse Carmen, une femme dépressive qui se morfond dans sa maison du bord de mer, trois ans après le coup d’État de Pinochet. Lorsque le prêtre lui demande de soigner un jeune militant blessé, Carmen s’écarte du confort ouaté de sa vie bourgeoise et met sa vie en danger. Manuela Martelli filme les visages, les corps et les paysages d’un œil sensuel et gourmand, jouant avec les objets et les détails vintage des années 1970. Une réussite !

Los Reyes del mundo, de Laura Mora (Colombie)

Des poteaux électriques et un cheval blanc au milieu de la ville déserte, endormie. Soudain, l’agitation des rues de Medellin, le mouvement incessant sur la mobylette. Ils sont cinq enfants sans le sou et sans parents à survivre dans cette jungle urbaine, à coups de menus commerces et de petits vols. Jusqu’à ce que l’un d’eux, Ra, reçoive une lettre du gouvernement l’informant de la restitution des terres prise à sa grand-mère par des groupes paramilitaires. La joyeuse bande décide de filer à travers la Colombie les récupérer dans la région du Bajo Cauca. Pour eux, il s’agit de partir en quête d’un nouveau royaume.

La réalisatrice colombienne Laura Mora suit l’odyssée à travers les montagnes et les grands espaces de ces oubliés de la société. On vibre avec eux quand ils jouent avec les vaches, se font materner par de vieilles beautés, traînent dans les bars malfamés et affrontent l’injustice. Les plans sont envoûtants. La caméra vibre à l’unisson de la jeunesse des protagonistes. On pressent vite que pour ces princes, il n’existera jamais de royaume possible et accueillant. Un film poignant et lumineux.


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